NEIL YOUNG w/ PEARL JAM | Mirror Ball (1995)

[ Ce « Mirror Ball » empeste la fatigue et l'épuisement à des kilomètres. ]

10/20

Le rassemblement Neil Young & Pearl Jam, c'est un peu une façon comme une autre de s'imaginer que par le plus grand des hasards, Ozzy Osbourne (de Black Sabbath) aurait très bien pu, un jour, marcher aux côtés de Alice In Chains simplement pour l'heure d'un album... Mais remarquons tout de même qu'à l'approche de la cinquantaine et qu'après voir accumulé un passé discographique riche, glorieux, référentiel et même honorifique : du multi-platiné « Harvest » en 1972, puis, vingt longues années plus tard, le retour aux sources tant attendu d'un folk matinée de country « Harvest Moon » en passant par l'influent, et on pèse ses mots bien sûr, « Ragged Glory » (1990) tiré de la mythique collaboration avec les Crazy Horse, le temps semblait venu pour lui de s'associer avec une jeune formation à seulement trois albums à son actif, Pearl Jam en l'occurrence, capable d'éveiller ni plus ni moins qu'un sentiment nostalgique et fédérateur à l'image que voulait bien donner ce « Mirror Ball » et son line-up, bien plus qu'alléchant. 

 

« It's better to burn out than fade away » (mieux vieux exploser en vol que s'éteindre à petit feu) comme Young semblait le dire sur la très inspirée « Hey Hey, My My » ou bien Kurt Cobain dans sa lettre posthume en direction de son vieil ami imaginaire. De même, espérons seulement que notre grand-père préféré, Neil Young, réussisse à motiver et à fédérer ses petits-enfants les Pearl Jam quitte à les guider musicalement sur ce « Mirror Ball ». Toujours est-il que le voyage ne se révélera malheureusement pas de tout repos : Neil Young simulera un de ces curieux malaises s'épuisant à une rapidité presque fulgurante (du jamais vu) tandis que notre Eddie Vedder se perdra même en chemin au rythme des quelques bons guitaristes capables de sauver le rafiot. Le médecin Brendan O'Brien (producteur de Pearl Jam, Stone Temple Pilots) essaiera tant bien que mal de prodiguer des soins au vieil homme et à ses amis, et au même instant, s'installera confortablement dans le line-up all stars en tant que guest member, mais à vrai dire, la cause semble bien plus compromise...

 

Remarquons d'ores et déjà que l'album paraît long, extrêmement long, malgré la production très soignée offerte par Brendan O'Brien même si très souvent, les guitares ont bien du mal à ressortir, à éclater ou à briller (« Throw Your Hatred Down » ou l'ennuyeuse « Truth Be Known »). Les compositions sont par ailleurs toutes du même acabit, plates, souffrant d'une linéarité tellement évidente qu'il est parfois difficile de s'en détacher et de faire ressortir le peu de points réellement positifs que possède cet opus. Les quatre jours de studio ont quant à eux, profondément marqués et atteint l'homme, Neil Young, qui continue, invraisemblablement, de se morfonde dans un repère musical de rock alternatif lambda et réducteur (commun donc) où il semble par ailleurs tout à son aise, ne sachant trouver le moindre intérêt à se défaire de la monotonie et du manque d'identité chronique des mélodies qu'il chantonne sans trop d'assurance ni même d'envie d'ailleurs. Pire, Young se restreint à interpréter une sorte de John Lennon épuisé, fatigué et aux dernières heures de sa vie en tant que jeune musicien sur la bien simplette « I'm the Ocean » ou sur la référence faite aux Beatles, enjouée et néanmoins pénible « Act of Love » alors même que certains points de guitares restent de bonne facture il faut le reconnaître. Les minces tentatives sur « Big Green Country » où ses vocaux puisent davantage dans un côté plus aéré, aérien ou doux sur quelques atmosphères sont également vouées à l'échec, cela ne suffisant guère à remonter la pente, même si encore, l'appui et le soutien des guitaristes de Pearl Jam limitent les dégâts. 

 

C'est à se demander ce que le malheureux Eddie Vedder a bien pu faire pour n'être crédité que quelques secondes sur un album de presque une heure comprenant l'intégralité des membres de PJ. Le punir de son omniprésence sur l'étrange « Vitalogy » ? On est en droit de se poser tout un tas de questions car à l'heure actuelle, son implication frôle presque le ridicule. D'une collaboration entre Neil Young & Pearl Jam, l'auditeur attendait bien évidemment un mariage et un alliage des deux voix de façon à ouvrir plus de portes à l'expression musicale et artistique de cet opus, c'est certain. Au lieu de cela, son domaine d'intervention est, en dépit des backing-vocals, limité au seul morceau qu'il a lui-même coécrit avec Neil Young c'est-à-dire le « Peace and Love ». Un maigre lot de consolation où le chant de Eddie Vedder ne ressort malheureusement pas assez, ne s'en tenant qu'à une sorte de solo vocal mal assumé à la limite de chœurs en arrière-plan. 

 

Ce n'est sûrement pas une franche réussite pour les sept acteurs réunis sur cet énième album collaboratif de Neil Young, en effet. Mais on a droit à quelques rafraîchissements bien agréables avec « Song X » qui est un vrai morceau de matelot, et vent en poupe, le rhum à porté de main, voilà que se faufilent parmi nous une chorale faîte de pirates et d'autres misérables individus qui tâchent de garder le navire au propre sans rien dire (Eddie Vedder ?). Presque entraînant, il faut l'admettre avec ce solo efficace. Et le single « Downtown » assez énergique aussi même si très répétitif à la longue et linéaire dans sa structure. Néanmoins, il contient quelques références très explicites à Jimi Hendrix (« Jimi's playin' in the back room ») et à Led Zeppelin (« Led Zeppelin on stage ») et pas loin d'une virtuosité ou d'un son comparable à celui des hardos de Deep Purple. Enfin, évitons à tout prix de nous pencher sur le cas de ces deux interludes qui n'ont ni queue ni tête, ni aucun poids artistique, à part nuire à la qualité de cet album n'atteignant pourtant pas des sommets, citons-les cependant : « What Happened Yesterday » et son ambiance poussée à une extrême tristesse, à une mélancolie artificielle exagérée, ridicule, et cet outro faîte par « Fallen Angel » toujours aussi pompeuse et niaise.

 

Ce « Mirror Ball » empeste la fatigue et l'épuisement à des kilomètres. Pitié, auditeurs, qui que vous soyez, passez votre chemin, il n'y a absolument rien pour vous ici mis à part une bien curieuse chanson à boire (« Song X ») et quelques instants où vous pourrez hocher la tête en essayant de discerner le chant habité de Eddie Vedder sur « Peace and Love ». En fait, c'est juste histoire de se dire que Neil Young et Pearl Jam auront au moins une fois dans leur vie collaborés ensemble en studio...

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