RADIO BELGRADE | Le Chant des Sirènes (2013)

[ Quand on voit que 3/4 des titres sont vides et qu'à côté de ça, Radio Belgrade est capable de composer un certain « Esperanza »... ]

9/20

Nous n'irons pas par quatre chemins dans la description de ce petit groupe Français. Radio Belgrade, c'est un peu comme un petit groupe de grungers' échoué en pleine mer avec pour seules armes la voix troublante et si spéciale de Laurent et un disque plongeant dans un univers rageur et dépressif, pouvant tout à fait convenir à certains fans du mouvement crasseux de Seattle ou plus généralement de rock Français. Le malheureux naufrage était néanmoins prémédité d'avance on peut le dire (quatorze pistes et des paroles assez simplistes au demeurant)... Car nos trois compagnons ont visiblement omis quelque chose dans ce « Le Chant des Sirènes » de la même manière que la musique semble ici très ancrée dans l'amateurisme, à notre grand regret. 

 

Laurent et ses comparses sont donc de retour, trois ans après « Heros » avec un second méfait auto-produit dont l'intégralité des paroles est d'ailleurs signée de la patte de notre cher vocaliste. Formé en 2009, à l'aube de la reprise du mouvement grunge sur la face Américaine, Radio Belgrade nous compose néanmoins des morceaux lorgnant beaucoup plus du côté post-grunge que du grunge à proprement parler. L'oeuvre étant tout ce qu'il y a de plus accessible dans le domaine du grunge même si Laurent s'efforce de dégager une sorte de rage bien à l'ancienne pas toujours très assurée pour le coup. Il faut dire aussi que l'on retrouve des parties très (ou trop) douces, voire carrément mielleuses qui ne sont pas sans conséquences sur l'appréciation de cet opus déjà bien fragile dans son ensemble. Prenons par exemple « Derrière-Toi », une première piste, qui ne met pas vraiment l'auditeur dans de bonnes conditions. Le son est très typé Nirvana oui, mais les vocaux sont faibles et manquent d'une certaine justesse et de précision. L'accent est lui aussi très spécial, parfois repoussant, et il arrive également que les lignes vocales sonnent très très fausses (le passage de « Tout est flou et colère » notamment, qui en est la représentation parfaite). La piste aurait néanmoins pu se révéler, si ce n'est véritablement solide, d'être au moins efficace et accrocheuse car Radio Belgrade arrive tout de même à nous faire décrocher quelques hochements de tête durant les refrains mais comme nous le disions, l'enregistrement paraît très amateur en fin de compte. On débute d'ores et déjà avec une petite appréhension pour la suite des treize autres titres...

 

Mais à force de resservir et d'appliquer cette même recette sur chacun des morceaux, une bonne partie de l'album tend à sombrer dans une sorte de grunge lambda, réducteur et assez perturbant. Il manque un sens artistique notable sur cette oeuvre, tant et si bien qu'on a la curieuse impression que le groupe ne sait pas où il va, mélangeant de nombreuses choses, se perdant dans sa propre musique jusqu'à se parodier même, sur « Eclipse ». La dernière piste aurait une fois de plus eu le mérite d'envoyer tout ce que le trio a en lui, ses ressources musicales les plus impressionnantes mais il n'en est rien en fait. Ce titre quasi-instrumental est du plus classique qui soit ne révélant rien de très exceptionnel dans le sens où il ne s'agit ni plus ni moins que d'une chanson bateau de Radio Belgrade, mais pire, c'est ici que nos Franciliens s'enfoncent le plus. Se moquent-ils d'eux-mêmes ? Cette question est légitime, d'autant plus que la blague est de très mauvais goût ; Laurent répétant inlassablement des dizaines et des dizaines de fois le titre du morceau en guise de paroles, pour cacher le manque d'originalité et de professionnalisme de l'album. Ils auraient mieux fait de s'arrêter avant à vrai dire. Toujours pareil, le combo nous gratifie de morceaux à la fois crispants par ces screams décidément usants et répétitifs et cette instrumentation plate, peu intéressante qui ne semble guère avoir envie d'évoluer, de changer et de nous surprendre un peu plus. « France » nous provoquera ainsi d'horribles maux de tête, en plus du fait que le sujet du titre soit assez mal traité et interprété. Or, il s'agissait d'une pièce soi-disant engagée, car le groupe l'est, effectivement, mais sans émotions, sans rebondissements, sans force de conviction et sans même une patte artistique un peu plus affirmée, impossible d'y arriver. Pompeux et dispensable, c'est honnêtement ce qu'il se dégage de l'album après les écoutes de la pseudo-lancinante et agaçante « Tour du Monde » ou encore de « Les Femmes d'Ailleurs » dont les paroles, mauvaises, le chant clair, très limite, et les screams, qui ne dégagent rien d'autre que de l'indifférence justement, signent le coup d'arrêt rendu par nos Franciliens. 

 

Toutefois, il est important de mettre l'accent sur les points positifs de cet album car ne perdons pas de vue qu'ici, même si nos compagnons enchaînent les gaffes, ils sont capables de réaliser de jolies choses. Lorsque nous passons à la troisième piste donc, sans attentes particulières de la part de nos Français, là, on se dit que l'esprit Radio Belgrade est à sa bonne place, intact, laissant même entrevoir une pointe d'espoir pour la suite. « Esperanza » est honnêtement la plus sincère et bouleversante de « Le Chant des Sirènes ». Le groupe se ressource dans ce qu'il sait faire de mieux, des ballades post-grunge tantôt tristes, envoûtantes et mélodiques. Quatre minutes pour pleurer, remettre en question notre jugement peut-être trop hâtif sur ce skeud (qui sait?) et même si cela ne suffit évidemment pas à renverser la tendance, Laurent et ses comparses nous étonnent dans le bon sens du terme cette fois-ci. Le chant paraît assez spécial certes, mais peu importe, on se laisse emporter par cette poésie profonde et cette pop si rêveuse à la manière d'un conte pour enfants. Le mariage de la voix si cristalline et les notes de piano, douces et feutrées, interprétées par Yann (guest) nous charment, réellement. Et pour compléter ceci, on pourrait même parler de la doublette « Esperanza » / « Liberté » qui s'attire les faveurs des auditeurs, déçus par le reste de la tracklist. Ce dernier, lui, met en avant un autre invité (Anne-Sophie) mais à la basse et au violoncelle pour cette fois. Bien composé, un accent similaire à la Indochine (« Liberté, Quelles belles années ») qui est le bienvenue, un ensemble calme, et la guitare acoustique qui est de bon augure. « La Tête dans les Etoiles » est du même acabit que « Liberté » et vient compléter cette facette plus positive de cette seconde publication.

 

Je serais très sincère avec la formation, « Le Chant des Sirènes » m'a semblé être un opus inachevé et soporifique malgré quelques titres plus sincères qui font et feront encore la fierté de ce projet. Mais quand on voit que 3/4 des titres sont vides et qu'à côté de ça, Radio Belgrade est capable de composer un certain « Esperanza » ou un « Liberté » avec autant de grâce, de tact et de talent, finalement, on peut penser que la case "amateur" finira bien par passer avec le temps et que bientôt, c'est un nouveau groupe qui se révélera à nous... 

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