SHAKA PONK + WILLIS DRUMMOND | Live-Report (Zénith, Pau, France, 04/12/2014)

[ Un moment très agréable, très rock, teinté de 2-3 moments plus sombres, de riffs lourds et d'une mise en scène parfaite, la plus à même de défendre cette nouvelle doublette d'albums « The White Pixel Ape »/« The Black Pixel Ape » en live. ]

Avant même d'être un groupe musical à part entière, Shaka Ponk, c'était plutôt un talent graphique hors normes qui s'était mis en tête, au début de sa carrière, de faire du rock en la compagnie d'un singe fou et déjanté. A juste titre, certains commentaires sur le net expriment particulièrement bien ce que ce phénomène est censé représenter aujourd'hui : « Shaka Ponk, c'est un peu comme regarder la planète des singes en écoutant AC/DC ». Tout est dit à partir de ce moment-là, à commencer par leurs influences cinématographiques et bien évidemment musicales ; le hard-rock des Australiens étant bien sûr une belle évocation de leur plus pure et jeune enfance/adolescence... 

 

Seulement voilà, la mascotte a bien changé depuis son entrée en matière au beau milieu des années 2000, se métamorphosant volontiers en une chose, un sentiment différent dans chacun des morceaux de la superbe doublette « The White Pixel Ape »/« The Black Pixel Ape », cuvée 2014, que ce soit en blanc pour le côté plus pop, festif et coloré du rock ou en noir pour retourner à des éléments beaucoup plus sombres, afin d'évoquer cette facette metal et rentre-dedans de leur musique. Ainsi, la tournée des Shaka Ponk s'achèvera avec leur venue à Pau, le 04/12/2014, avant-dernière date de leur tournée Française avant de rejoindre Nice. Le premier cliché que nous avons-là illustre d'ailleurs très bien l'ambiance générale de la soirée, bonne humeur communicative, et un show très théâtral, à l'image de cette scène de cirque loufoque qui est venue poser ses bagages au Zénith des Palois.

En France, on a eu Téléphone, puis Noir Désir, et enfin, à l'heure actuelle, Shaka Ponk est ce nouveau phénomène générationnel qui semble toucher une large palette du public. Et pour tout vous dire, ça fait chaud au cœur de voir que toutes ces personnes qui nous sont venues d'horizons et d'univers musicaux très différents puissent se rassembler pour l'heure d'un véritable concert qui bouge.

 

Car il n'y a pas une "élite" de fans particulière qui pourrait être destinée à la formation, si ce n'est que les fans de rock se reconnaîtront évidemment dans leur musique. Non, le sextet s'autorise tous les débordements et enchaîne les prises de risques comme ce « Story O' My LF » au nom de titre déjà bien barré, qui n'en demeure pas moins très marquant. Pour cause, c'est sans aucun doute le morceau le plus léger (pop) et amusant de la soirée, loin de certains gros riffs tranchants. Une joyeuse fanfare qui s'octroie même les services de Beat Assailant apportant ce côté jazz-rap (même s'il n'était pas présent à la soirée, la partie de son chant ayant été rediffusée telle quelle) combiné avec l'excentricité habituelle de Frah et la présence scénique très forte de Sam qui a su pimenter bon nombre de titres dont le très beau « Heal Me Kill Me ».

Ce show m'a aussi permis de lever le voile et d'apprendre que Shaka n'est pas simplement le groupe "commercial" et opportuniste qu'on a bien voulu nous faire avaler depuis qu'ils ont pu disposer de davantage de visibilité (depuis 2011 pour être plus précis).

 

Si le son est définitivement rock (fourre-tout), et même parfois un peu pop sur leurs albums, en live, le groupe sonne davantage comme une formation de metal. Les riffs sont lourds, le clavier apporte très souvent une ambiance sombre aux pièces et les deux chanteurs tentent de durcir leur chant en le rendant, cette fois-ci, beaucoup moins accessible qu'auparavant.

 

Force est de constater que ces titres que nous évoquions là sont surtout issus de l'album « The Black Pixel Ape » dont la finalité était justement de produire quelque chose de plus sombre, et c'est chose faîte désormais. Mais on garde surtout le souvenir d'un intermède musical, en début de soirée, qui se voulait plus long, poignant, aux contours "orientaux" et au rythme lent ET lancinant...

Ces riffing metal semblent donc orner et enrichir la soirée de toute leur puissance et de l'énergie véhiculée par les membres, et finalement, que ce soit la petite mamie de soixante-dix ans ou le pseudo-fan de rap Français lambda, tous se mettent à pogoter avec entrain dans la fosse. Mamie retrouve une seconde jeunesse et se découvre une passion pour le diable tandis que l'autre lève la main au ciel, pactisant volontiers avec Satan en faisant le signe des cornes du diable... Chose suffisamment curieuse pour avoir le mérite d'être soulignée, vous en conviendrez, mais on s'en fiche, c'est la soirée qui l'a voulu. « Hallelujahhhhhhhhhhh !!! » (extrait de « 6xlove »).


Shaka, c'est donc une sorte de mouvement rassembleur, très en lien avec le public certes, mais surtout, un groupe tellement inattendu... D'une minute à l'autre, le combo peut nous mettre en place un cérémonial lugubre, se mettre à genou et prier, simplement pour déconner, et d'un autre côté, nous demander de nous faire tous s'asseoir dans la fosse (pendant au moins deux bonnes minutes) pour "profiter du moment", de l'instant présent et des clameurs de la foule.     

En fait, il n'y a vraiment rien à redire de la soirée, excepté, peut-être, sa durée un poil trop longue. Mais, le déséquilibre s'est surtout fait avec la première partie, les Willis Drummond, qui ne sont restés qu'à peine quarante minutes environ...

 

Par rapport à la dernière fois, la fusion ne s'est pas faîte entre le groupe de tête d'affiche et la première partie qui a vu son impact sur le public s'amoindrir, même si le show était dynamique et vraiment irréprochable. Sinon, l'ambiance du concert (pour les Shaka Ponk) était quasiment la même qu'un groupe de metal classique, à la seule exception que le public, lui, était très hétérogène...

 

Le show ayant tout de même été très théâtral voire un peu surjoué dans les prises de paroles de Frah, il ne sera donc pas rare d'entendre de lourdes critiques quant à leur prestation. A la sortie, on a même pu entendre des réflexions telles que « Heureusement qu'il y avait de belles images et des effets spéciaux... ». C'est pour dire.

 

Mais dans l'ensemble, c'était un moment très agréable, très rock, teinté de 2-3 moments plus sombres, de riffs lourds, d'une mise en scène parfaite et d'interprétations très à la hauteur comme « I'm Picky » justement, « Sex Ball » ou encore « My Name Is Stain » pour les anciens titres. Le batteur s'est lui aussi lâché en se mesurant au singe Goz par une battle derrière les fûts. L'égalité fut parfaite !

Et puis ça y est, dès que l'excellent tube et néanmoins original « I'm Picky » retenti, les choses intéressantes (re)commencent. Le public est aux anges, chantonne pendant les refrains et Frah nous mélange de l'Anglais avec de l'Espagnol à tout va et tout ça, avec une grande maîtrise et évidemment beaucoup d'énergie à revendre. 

 

« Holà compañeros ! C'est le moment spécial pour les Shaka Ponk qui changent complètement de style... »

Et pour l'heure, le groupe a choisi de reprendre un des tubes interplanétaires de Bob Marley, le célèbre « Get Up Stand Up » en version électro-rock. Encore gagné !


Post-Scriptum: Toutes les prises de vues live sont signées Rodolphe Lamothe ainsi que le contenu des vidéos.

Écrire commentaire

Commentaires : 0