NICKELBACK | No Fixed Address (2014)

[ 1-2, 1-2, Chad Kroeger, vous me recevez ? @/*/#&... ]

12/20

Ce qui est terrible, c'est que certains musiciens ont l'air de vieillir beaucoup plus vite que d'autres, il faut le croire. Cela doit sans doute venir du fait que Chad Kroeger se soit fiancé puis marié en l'espace de quelques mois avec Avril Lavigne en 2013 après une collaboration pleine d'amour et de tendresse sur le morceau « Let Me Go » (entre autres), mais lorsqu'on sait que par exemple, même avec trente ans de plus, le bon vieux Lemmy tient encore la route, il y a de quoi se poser des questions. Pour ce qui est du premier, il n'est devenu ni plus ni moins qu'une vieille antiquité, qui se respecte certes, mais épuisée, fatiguée. Et le Daniel Adair qui à une époque pas si lointaine, bastonnait encore comme il fallait derrière les fûts, et bien lui aussi a incroyablement perdu en puissance et en hargne. Ce batteur metal qui avait pourtant mené Nickelback jusqu'à ses plus beaux jours, en passant de « All the Right Reasons » au très bon « Dark Horse » en 2008 pour ne citer qu'eux. Non, c'est certain, le temps du grunge crasseux et engagé des 90's est définitivement révolu, un vague souvenir, de même que leur période purement metal qui laissait bon espoir aux fans. Mais le groupe s'est-il vraiment habitué à nous ressortir une recette équivalente depuis leur formation ? Petit historique, du grunge (1996-2001) au post-grunge (2003-2005), ils sont passés, franchissant même et pour le mieux les portes du metal alternatif (2008-2011) pour à l'heure actuelle, nous proposer « No Fixed Address », une oeuvre risquée, osée, mais sans âme ni passion, vraiment. Quelle désillusion !  


Faute de quoi, nos quarantenaires se sont fortement assagis pour effectuer un virement complet et radical vers un énième nouveau style. Tous seront à priori désorientés par ce changement musical des plus exagérés, passant donc d'un metal alternatif lumineux, efficace et éclairant à une sorte de pot pourri ou un genre fusion rassemblant rock, pop FM et funk. Le Chad Kroeger tire sûrement ces influences pop de sa femelle, mais dans l'ensemble, les éléments sont mal gérés, ne suivant aucune ligne directrice potentielle, si ce n'est d'avoir eu le mérite de varier les sons et de toucher à tout. Un peu comme si Chris Daughtry était le centre de cette nouvelle et huitième oeuvre et qu'il s'était occupé de l'écriture et de la production, c'est pour dire. En fait, il s'agit vraiment du premier album de Nickelback qui entre dans ce contexte, du formatage radio et de la non-honnêteté. Toutefois, avouons que certaines expérimentations sont particulièrement bien réussites, quoique noyées au milieu de ces onze titres. Pour terminer, l'enregistrement de ce méfait s'est effectué à plusieurs endroits différents, d'où le « No Fixed Address » et cette vue globale de l'Europe, relevée par des traits de lumière sur l'artwork. 


Mais une chose est étrange, car à l'écoute de ce « Edge of a Revolution », on pourrait parfaitement émettre l'hypothèse que Nickelback véhicule déjà des regrets quant à son passé. Pourquoi ? Parce qu'au fond de lui, il sait pertinemment qu'il aura bien du mal à se séparer de ces gros riffs massifs et très prenants tels « Burn It to the Ground » (2008) ou le « This Means War » (2011). Le combo n'a alors pas pu s'empêcher de glisser un titre de cet acabit, très lourd dans son ensemble, engagé pour une fois (« Head high, protest line, "Freedom" scribbled on your sign, Headline, New York Times, Standing on the edge of a revolution ») et qui rappelle l'amour non négligeable des Canadiens pour le heavy metal. Seulement voilà, son placement dans la tracklist pourrait également porter à confusion sur le contenu réel de cet opus. Placer une chanson révolutionnaire, lourde et addictive en deuxième position, c'est bien, mais qui nous dit que la bande n'abandonnera pas ce côté déchaîné pour (re)tomber dans ce que nous ne voudrions pas, la facilité et le "mainstream" ? Autrement dit, qu'avons-nous à nous mettre sous la dent dans ce genre-là ? Il ne faudra pas espérer que les Nickelback soulèvent des montagnes, déjà qu'ils sont en difficulté dès le morceau introductif « Million Miles an Hour ». Car, la voix de Chad a beaucoup perdu de son côté brute des productions antérieures (le monstrueux « Silver Side Up » en témoigne notamment) et ses lignes de chant sont affreusement modifiées, et accompagnées de touches électro de très mauvais goût. Là, le groupe a voulu recréer des effets de lourdeur, mais c'est raté... 


Enfin, que ce ne soit pas un prétexte non plus pour cracher trop vite sur le quatuor. Un petit "revival rock" a lieu sur la septième et huitième piste de cet opus, à condition d'arriver jusque-là et de ne pas perdre le fil des choses, voire de garder une once d'espoir. Un bon riff rock'n'roll sorti droit du garage intervient sur l'introduction de « Get 'Em Up », dans la pleine continuité de « Here and Now ». Rien de très exceptionnel, mais le groove de Kroeger continue d'exercer son influence (ou de sauver les meubles pour certains). En général, quand ça se termine par un "Up" c'est du bon chez eux, « Bottoms Up », « Get 'Em Up », bref, les guitares en mode tu-uuut, c'est bien vu ! Maintenant, à trop vous parlez de titres "écoutables", vous en oubliez sûrement les défauts de cet album, mais ils sont pourtant présents tout au long. Ils auraient bien sûr pu compenser ce côté trop "propre" et cet excès de ballades sirupeuses par quelques autres morceaux plus lourds, ils ont un peu essayé, oui, mais c'est encore assez imparfait en somme. Le romantisme habituel de Nickelback oeuvre dès la première note de musique de « Satellite », on ne peut faire l'impasse dessus, c'est joli, mais non, arrivés à saturation, ce n'est plus possible. Le rock et les ballades envahissantes du pourtant décrié « All the Right Reasons » étaient d'une qualité nettement supérieure, il y a avait de la transpiration et de l'émotion qui se dégageaient, c'était classe. Pour en revenir au premier morceau évoqué dans ce paragraphe, c'est sur « The Hammer's Coming Down » que nos quatre gars dégagent une énergie, une inspiration qu'il aurait été fort souhaitable de retrouver plus souvent. Ici, il y a un côté grandiose, "hollywoodien", "fanstastique" voire un peu épique dans la prestation qui nous est livrée, tant et si bien que la pièce aurait pu faire figure de BO pour les super-héros d'Avengers. Hammer=power ? Non du tout, mais le combo s'est enfin sorti les doigts d'où il fallait. Un peu de musique qui déchire... 


Nickelback, ce n'est pas Mr Bungle, on est d'accord... Enfin, les seules compositions un peu étonnantes des Canadiens remontent à une époque charnière dans le mouvement crasseux de Seattle ; l'oriental grunge (si, si) « Hold Out Your Hand » en 1999 et dans une moindre mesure, le country immersif de « Good Times Gone » avec de beaux solos d'Ian Thornley deux ans plus tard. Mais avec cette nouvelle publication intersidérale, le stade de l'étonnement a bien été franchi pour passer à des associations risquées et donc expérimentales. Les amoureux de la musique réussiront à déceler une petite mélodie Asiatique sur « Sister Sin » en plus de cet arrière-plan légèrement country tandis que les sourds d'oreilles s'en tiendront à le trouver ridiculement anodin. De plus, la doublette « She Keeps Me Up »/« Got Me Runnin' Round » se retrouvera profondément liée par ce vent funky qui ne cesse de souffler et ces ajouts de backing-vocals féminins pour tenter de rester dans une ambiance "radio dansante", d'ailleurs un peu similaire aux débuts réussis de Maroon 5. Ni rock, ni metal pour un sous si l'on s'en tient à ces mélanges barrés, vous avez parfaitement raison. C'est tellement original pour du Nickel' qu'on se refuse presque à croire à ce changement, et pourtant, ce pop/funk est entraînant et correctement réalisé, mais n'a ni queue ni tête dans le contexte de l'album, sorte de fourre-tout. Ah, et oui, le rappeur invité sur « Got Me Runnin' Round » est tout sauf bon et défendable, même plutôt vulgaire dans sa façon d'être et de chanter mais vu le maigre poids musical auquel il est associé à l'intérieur du titre, pas de quoi s'en faire (bien qu'on retiendra surtout cette démarche ô combien symbolique). Mi-jazz, mi-funk, cette pièce expérimentale est, malgré ces reproches, la plus travaillée et réussie de cet opus, correspondant très bien à l'esprit de la pochette. Une section de saxophones qui s'invite chez les Nickelback, mais où va-t-on ?  


1-2, 1-2, Chad Kroeger, vous me recevez ? Du rock néo-spécial à la 30 Seconds To Mars, nous n'en voulons plus. De la pop-étoilée style « What Are You Waiting For? », c'est à écarter, de même que vos recyclages électro-FM qui sont au ras des pâquerettes. Ah, la bonne vieille époque où tous se plaignaient déjà de ce bon vieux metal alternatif routinier mais tellement jouissif et extra... C'est comme ça, jamais content.

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