GRORR (ft. ARTUS) + PIENZA + HRETGHIR | Live-Report (Ampli, Billère, France, 25/01/2015)

[ Au-delà de ces deux groupes de première soirée aux prestations relativement inégales, Grorr a su remonter la barre et nous offrir un show à la hauteur de son dernier mastodonte, « The Unknown Citizens ». ]

Introduction: C'est encore une programmation très underground que nous propose généreusement la salle de concert d'AMPLI avec trois formations à l'affiche, dont deux groupes Palois (Hretghir, Grorr) ainsi qu'un illustre inconnu -sans doute venu de très loin- (Pienza), et donc tous réunis autour d'une thématique commune, le « metal expérimental » (vaste sujet !). 

 

Ainsi, le show débute avec un poil de retard, ce qui permet à nos metalleux de commencer à affluer, à s'installer et à échanger les premiers mots sur la soirée à venir. A vue d'œil, on se met déjà à apercevoir un joli tee-shirt de Grorr un peu isolé dans le merchandising (il paraît que c'est LE swag).

 

En tout cas, les Hretghir attaquent d'emblée avec une musique très extrême s'orientant vers un black metal à la fois très technique et contenant son lot de parties plus épiques. A plusieurs reprises, le quatuor fait donc jouer sa double-pédale et une chose est sûre, le public apprécie et a l'air pleinement séduit. Cependant, au niveau du chant, on pourra remarquer que l'alternance clair/extrême a pu connaître quelques fragilités dans la mesure où ce premier paraissait assez poussif par moments, bien que très agréable à entendre. C'est carré, maîtrisé, deux ou trois mélodies à la guitare sortent du lot, c'est groovy, lourd et torturé, prometteur même, enfin bref, tout ce qu'il faut pour ouvrir la soirée comme il se doit.

Et puis c'est aussi ça AMPLI, des découvertes, des surprises ou des révélations sur des artistes sincères et honnêtes sur lesquels personne (ou peu) n'aurait misé...

 

Comme ce trio qu'on voyait d'ores et déjà décrit avec une étiquette bien curieuse en somme, « Ethno Jazz Fusion ». Alors, première réaction, que vient donc faire une formation de jazz sur une affiche censée être metal ? Pour tout vous dire, rien de bien jazz dans la musique qu'ils pratiquaient mis à part quelques interventions du bassiste sur des rythmes groovy avec la finesse que l'on connaît généralement au jazz mais le collectif se compose, hormis ce duo classique basse/batterie, d'une vielle à roue. Ce qui le fait finalement se distinguer de la masse par cet apport et cette venue plutôt originale.

 

N'allez pas croire à du folk celtique ou à un second Eluveitie Français, non, car comme le dit Pioupiou, le combo s'inspire volontairement de la musique traditionnelle Bulgare avec un certain intérêt porté sur l'histoire et notamment les conquêtes de « Gengis Khan » (ce qui donnera lieu à un morceau du même nom qu'ils joueront dans la soirée).

 

Mais au contraire des Hretghir, cette fois-ci, on a bien senti le groupe d'amateurs qui œuvrait, ne serait-ce qu'avec les nombreuses prises de paroles maladroites du frontman et les regards entre les différents membres du combo, peut-être pour se mettre d'accord sur qui va jouer quelle partie et à quel moment, donc pour le coup, pas opérationnel à 100 %... Ajoutons à cela que malgré une performance honnête et sympathique d'une heure, le trio s'est loin d'être montré le plus à l'aise sur scène, en témoigne une fois de plus les interventions de Sieur Pioupiou qui essayait tant bien que mal de chauffer la salle et c'était utile, car force est de constater que le public n'a pas accroché dès le départ, restant à la fois statique et peu réceptif. 

Finalement, on a vite fait le tour du sujet en deux ou trois morceaux, car il faut bien avouer que la musique instrumentale a toujours eu son effet un peu pervers et à double-tranchant : soit efficace et dynamique d'un côté, ou bien long, répétitif dans le second cas.

 

En tout cas, ils ont fait plus de dix heures de route pour venir jusqu'ici, non sans mal, et finalement, Pienza a été l'une des formations qui a vraiment apporté un côté expérimental et barrée à cette soirée (pile dans le thème donc). Le trio basse-batterie-vielle à roue dont certains des membres sont également issus de One Shot ou de Magma ont quand même eu le mérite de mélanger cette musique traditionnelle, ce vieil air du folk jadis et ce rock léger et joyeux en pimentant le tout d'un son de rouille, de distorsion et d'effets sur la vielle (même si celle-ci sonnait parfois comme une guitare). 

 

Oui, car au début, c'était un peu les "perdus de la soirée" Pienza, personne ne savait trop ce qu'ils faisaient-là, mais au fur et à mesure, certains passages musicaux se sont révélés particulièrement intéressants et surtout, on a eu trois bons musiciens avec ce batteur qui a su apporter un peu plus d'énergie lorsque les compositions manquaient de relief. 

Enfin, la soirée avait également une saveur très particulière pour les Palois de Grorr qui, en plus de fêter la sortie de leur troisième opus, véritable sacre d'une carrière répondant au nom de « The Unknown Citizens », le combo a eu l'occasion de marquer le coup pour ses dix ans en invitant de nombreux guests.


D'ailleurs, le groupe voit les choses en grand et n'hésite pas à nous le faire savoir : gros matos à l'appui, banderoles signées "We Are Legion", lumières, table de mixage, clavier, instruments spécifiques à la bande et une plombe pour tout installer, mais autant vous dire que tout cela valait largement le coup... 

 

Force est de reconnaître que l'ambiance est montée d'un cran, ne serait-ce qu'à l'entame des deux premiers morceaux de la setlist, à la dimension épique et prenant une certaine forme historique, grandiloquente grâce aux samples et aux multiples jeux du clavier. Pour le coup, le chant clair et éraillé de Bertrand se rapprochait assez fortement de celui de Shawter de Dagoba mais là où il nous surprend, c'est véritablement au niveau de la puissance de son growl, rarement égalé chez de nombreuses formations metal, au moins Françaises.

 

Quant à cette première partie, un renfort a donc pu rejoindre les rangs de Grorr pour screamer et gueuler quelques notes sur « Oblivion » et en toute franchise, Félix (issu de Knox) a eu le mérite de rendre la scène encore plus guerrière, palpable voire même plus chaotique qu'elle ne l'était déjà avec les gars de la bande, déjà très impressionnants et majestueux derrière leurs instruments.  

Après, c'est certain, pour prendre une vidéo de dix minutes, à cheval sur la fin de « Don't Try to Fight », « You Know You're Trapped... » et « But Still Hope... », et en suivant le moindre mouvement de la troupe, il fallait être fan... Et c'est là que sorti de son contexte, on aurait évidemment pu s'imaginer une saga épique, fantastique. Pour la musique oui, mais pas seulement, car les Béarnais de Familha Artus qui accompagnaient Grorr avaient l'étoffe de créatures, presque mystiques, et comme sorties tout droit des romans de Tolkien (du Gondor ?), tellement leur façon de jouer et leur présence scénique respirait une telle forme de liberté, une telle splendeur, une telle majesté. Évasif, c'est le mot.  

 

Se mélangeait donc, à cette atmosphère de désolation lourdement menée par Bertrand et ses comparses, des parties sans doute plus fines, plus traditionnelles et ethniques avec une multiplicité d'instruments et des musiciens toujours au top du niveau, que ce soit le violoniste, les gratteux ou encore le batteur. Pour le coup, le show était très professionnel, magique, surprenant, renversant, les chants, puissants et travaillés, l'instrumentation, sombre, lourde, massive et progressive, et en effet, après les avoir vus en chair et en os, rien ne peut plus nous étonner désormais. 

Post-Scriptum: Toutes les prises de vues live sont signées Rodolphe Lamothe ainsi que le contenu des vidéos.

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Commentaires : 1
  • #1

    LeLoupArctique (lundi, 13 avril 2015 19:35)

    Merci pour ce report ! Effectivement une telle affiche c'est pas très courant, et c'est courageux de la part d'une salle des les programmer. Il faut vraiment que je me penche sur le cas de Grorr, rien que pour le nom du groupe x) Et puis c'est toujours cool quand il y a un autre musicien qui s'invite pendant le spectacle, ça rend le concert unique !