BUSH | Man on the Run (2014)

[ « Man on the Run » se fait à peine plus "dark", un chouïa moins propre et surproduit, et puis plus agressif parfois. ]

13/20

C'est la perspective d'un nouveau retour dans l'ombre qui est une fois de plus associée à cette grande formation Britannique, déjà appelée à devenir pionnière du mouvement grunge en Europe bien avant l'heure. La sortie de ce « Sixteen Stone » n'a échappé à personne bien entendu, et encore moins les nombreux tubes qui en ont découlé par la suite, à commencer par « Everything Zen » mais encore « Glycerine », pour ne citer qu'eux. Si bien que tous ont finalement refusé de reconnaître que la carrière et la vie de Bush ne s'en étaient pas arrêtées là, même passées la première publication symbolique au milieu des '90, ce qui est assez dommage étant donné le très bon « Golden State » - seul album à avoir vu le jour dans les années 2000 et dont l'essence grunge continue de perpétuer la tradition du célèbre Big Four de Seattle (souvenirs, et appel lancé à l'amateur de grunge). Mais pour une fois, regardons en avant au lieu de ressasser les exploits du passé et la qualité musicale certes non négligeable des nineties, car malgré un retour clairement décevant et un peu à cours d'idées en 2011, tout bon fan ne devrait pas avoir eu trop de mal à se souvenir du riff accrocheur et inspiré de « The Afterlife » et des quelques autres singles de l'album, au moins ça... Cependant, quitte à choisir entre l'eau (« The Sea of Memories ») et le feu (« Man on the Run » cette fois-ci), le second élément cité serait effectivement le meilleur choix que l'on puisse faire, mais aussi l'album le plus à même de succéder à « Golden State » et de marquer le retour de notre combo.

 

Pour ceux qui doutaient encore que Bush avait un avenir ou un rôle à jouer dans le grunge des années 2010, sans réinventer le genre non plus, la formation se contente de suivre la tendance des groupes crasseux qui renaissent de leurs cendres et par la même occasion, d'améliorer sa production. Une fois n'est pas coutume, en suivant l'arrivée du très décevant « The Sea of Memories » (2011) aux structures lisses et aux titres peu inventifs, ce sixième record arrive à se faire une place et à décrocher la mention représentative du "c'est mieux, mais...". Par ailleurs, la sortie de ce nouveau méfait, 2014 donc, concorde parfaitement avec le vingtième anniversaire de la publication de « Sixteen Stone », ce qui donnera notamment lieu à une réédition (si ce n'est une raison toute trouvée pour reconquérir son vieux public et foutre le feu à nos tympans). En outre, l'ensemble se fait à peine plus "dark", un chouïa moins propre et surproduit et puis plus agressif aussi sur certaines rares pistes, à l'image du combo de production très valorisant que voici ; Nick Raskulinecz (RushFoo FightersAlice In Chains) et Jay Baumgardner (Papa RoachSeetherLacuna Coil mais ayant aussi assuré le mixage sur la seule oeuvre de l'ex-supergroupe de RossdaleInstitute et son « Distort Yourself » en 2005, et produit l'album précédent de Bush). Ainsi, on pourrait suggérer que ces hauts moyens mis en place contribuent à la qualité de la production, ce qui est le cas, hormis quelques maladresses et fautes de goût remarquées. Au final, « Man on the Run » est donc un chemin bien tracé vers la lumière, pêchu, efficace et où l'on apercevra même, pour la petite précision, la présence de deux invités saxophonistes, et pas n'importe lesquels puisqu'il s'agit de Stephen Bradley & Gabrial McNair (No Doubt, ex-The Smashing Pumpkins).

 

Par contre, il faudra un peu de temps pour se rendre compte que cet album n'est pas aussi mauvais qu'on le prétend ; faire la part des choses, analyser... tout ceci est essentiel dans ce cas-là. Cela étant dit, il ne faudra pas s'arrêter à cette mauvaise introduction nommée « Just Like My Other Sins » où l'influence stoner apportée sur les riffs y est ajoutée de manière assez molle et peu avantageuse. Ce qui fait que Bush démarre déjà avec un petit handicap, la piste ne décollant que très peu. Sinon, ce nouveau quatuor, en position depuis 2010, a décidé, comme beaucoup, de concentrer l'essentiel de ses meilleurs titres sur la première partie du disque (environ six ou sept pistes). Précédemment, on avait les pieds dans l'eau, mais alors là, une chose est certaine, on est en plein dans les airs avec un titre éponyme à « Man on the Run » qui s'efforce d'envoyer un son rock et énergique à la « Golden State » avec une ambiance d'arrière-plan résolument spatiale et électronique. Le timbre et la voix de Gavin Rossdale sont toujours justes, impeccables, et au fur et à mesure que passe le titre, on se rendra vite compte de l'atout des mélodies présentées ainsi que des guitares qui font à nouveau plaisir à entendre. Mais au fait, pour quelle raison emploie-t-on ce terme, cet adjectif de "spatial" pour décrire la musique du combo ? Parce qu'en effet, en voulant changer partiellement de direction par rapport à la pop simpliste, bleutée et lessivée de l'album précédent, la bande à Gavin Rossdale tente ici de toucher aux ambiances, aux atmosphères pour parfaire son retour. Tout est fait pour que ces onze morceaux puissent libérer, le plus harmonieusement possible, toute l'énergie et la lumière qui sont en eux, et c'est ainsi que tout naturellement, avec le « Eye of the Storm », il y a cette ambiance très calculée contenant une sorte d'ouverture sur la grandeur et la légèreté de l'espace, porté par des chœurs à la fois très rêveurs dans l'âme et venus d'ailleurs, et ce, malgré un petit break sombre à partir de 02:59.   

 

Ce qui est également intéressant avec nos Anglais, c'est qu'à certains moments, on ressentira même des instants d'unité et de partage très appréciables dans la musique. C'est le cas si l'on se penche sur le single très efficace « The Only Way Out » qui nous procure l'énergie suffisante pour combattre les tracas de la vie courante et juste assez de délicatesse pour nous donner envie de rêver. C'est du Bush classique effectivement, de la même trempe qu'un « The Sea of Memories » (« Follow me down to the water ») mais à ce niveau-là, on retrouvera systématiquement, sur ce « Man on the Run », même dans cet océan de modernité et de brillance pleinement assumé, de quoi noircir l'image d'un grunge très porté par la pop. D'abord, parce qu'ils avaient la ferme intention d'utiliser des techniques d'enregistrement sensiblement différentes en utilisant de vieux amplis et une mentalité, un son plus "garage", ce qui a été en partie respecté, et puis car en réalité, et c'est une tendance, une vague sombre s'installe durablement tout le long de cette galette. On ignore si c'est un signe, mais en tant que troisième single, « Loneliness Is a Killer » s'inscrit aussi comme le morceau le plus "heavy" de l'album dans sa version classique (tout est relatif hein). Ce qui ne veut pas forcément dire qu'il s'agit de la meilleure piste puisque la première partie se révèle bien trop chargée en éléments, ce qui est dommage car la mélodie paraît accrocheuse et le point fort vient surtout de ce côté plus massif des guitares et du tempo de la basse : la composition aurait pu être bien meilleure au final... Là encore, on a une transition partant de 03:28 qui rend l'ensemble on ne peut plus dur et éprouvant. Progressif dans l'âme donc ? Dans la mesure où il est possible de passer d'une pop contemplative, lumineuse et néo-spatiale à un rock bien chargé et potentiellement plus sombre, oui. Pour commencer, l'exemple de « This House Is on Fire » est assez juste. Ici, ce n'est pas, dans le sens strict du terme, quelque chose de sombre mais on arrive à sentir une certaine douleur à travers la chanson contrebalançant avec ce son rempli de clarté.   

 

"Lancinant" est bel et bien le mot ou l'expression qui serait susceptible de revenir assez souvent pour décrire cet opus, ou du moins, la tendance générale qui semble se décrocher... Pour ceux qui ont pu suivre les sorties de l'année 2014, la couleur, la qualité et la construction des riffs de « The Gift » rappellent brièvement un certain « By Design » issu du dernier méfait de Live, « The Turn », qui lui aussi, a beaucoup orienté son retour vers des ambiances "dark" et torturées. Pour rebondir là-dessus, il faut dire que depuis la réapparition du grunge à la fin des années 2000, les 3/4 des formations ont fait le choix de puiser dans leurs pires souvenirs pour composer des pièces musicales ornant un metal ou un rock à la facette lourde, habitée, renfermée ou pire, glauque. Dans tout ça, Bush fait plutôt du rock sombre mais assez "light" dans la forme en reprenant les structures de morceaux dîtes "classiques" malgré deux-trois exceptions qui feront sûrement le bonheur des fans et de ceux qui attendaient impatiemment leur retour. Néanmoins, dans la mesure où les plus grandes surprises de cet album n'interviennent que dans la version deluxe de l'oeuvre en tant que simples pistes bonus, cela s'avère non seulement problématique mais témoigne aussi d'un certain mauvais goût de la part du groupe et/ou de leur politique de management. Expliquons un peu cela. Déjà, les bonus peuvent parfois être synonymes de chutes studios ou de titres écartés pour maintes et maintes raisons, or, là, c'est avec « Let Yourself Go » et « The Golden Age » que l'apport musical et artistique est en fait le plus conséquent. Pour cause, on a rarement eu l'occasion de voir un Bush exposer sa souffrance autant que dans les morceaux sus-cités. Bon sang, mais même Jerry Cantrell aurait pu envisager de placer sa Gibson sur ce premier morceau, tant c'est l'un des titres les plus brutes et lancinants que la bande à Gavin Rossdale ait pu composé depuis des années. C'est à se tailler les veines ; dire que la meilleure pièce de ce skeud se retrouve isolée en dernière place ; quel sacrilège pour un morceau aussi inventif, fouillé et progressif (contenant des couleurs chaudes et jazzy, des saxos). 

 

En conclusion, c'est le feu, la lumière, l'énergie et la clarté de ce « Man on the Run » qui remporte de loin le match du Bush des 2010's. N'oubliez surtout pas de vous procurer l'édition deluxe du disque et donc l'hymne final « The Golden Age » qui représente à lui seul tout le potentiel non exploité du groupe. Ce qui nous emmène finalement à une accroche journalistique bien moisie pour terminer ; à savoir, Bush restera-t-il l'homme politique Américain que nous connaissons ou bien le groupe de rock à l'état sauvage prêt à tout pour casser la baraque ? 

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