ULSTER PAGE | Young Skin (2015)

[ « Young Skin » est une bible de la jeunesse dont je ne pourrais plus me séparer... ]

15/20

Le temps du Ulster Page qui se chargeait simplement de marquer son passage et de nous glisser à l'oreille quelque chose de connu (Pearl Jam en particulier) est a priori révolu en cette année 2015. Les repères ont été pris, maintenant, il s'agirait de passer à autre chose, de changer la recette et de séduire à nouveau son public avec du neuf, du lourd.

 

Qu'à cela ne tienne, le quatuor originaire de la région PACA nous fait la surprise d'un concept original, aiguisé, approfondi, et donc basé sur la jeunesse, l'enfance et cette innocence qui en découle. C'est l'histoire de rêves, de cauchemars, d'espoirs, une ouverture vers le monde aussi, et un ensemble artistique qui s'avère, cette fois-ci, très complet, et rendu possible grâce à cette troisième production quatre-titres de type EP, très justement nommée « Young Skin ». Depuis deux ans, il faut dire que les Ulster Page ne chôment pas, puisqu'ils s'habituent même à un rythme particulièrement soutenu d'un disque par an ; le « Neverland » publié en 2013 et qui arborait une production plutôt rétro et aux guitares parfois plus "tranchantes" ainsi que leur premier album « 1992 », certes de bonne qualité, mais bien trop marqué par ce qu'il se faisait dans le temps du Big Four de Seattle. En tout cas, cet EP est parfaitement dans l'air du temps et a même l'air de suivre la tendance de ces formations qui choisissent la voie d'un grunge moderne, sombre et aux contours psychédéliques. Pour la première fois, on tient vraiment quelque chose de très solide, de très mature, soutenu par un choix de production répondant pour le mieux aux souhaits du groupe, à en juger par la participation de Martin Henriot de la société SoundBirth et de la ligne de soutien constante du collectif La Vallée Des Artistes.

 

Tout en conservant la personnalité d'Ulster Page et leurs nombreuses influences, le titre introductif « All Around Me » revêt, une fois n'est pas coutume, un son clair, caverneux et limite glauque. Les six minutes proposées par le combo se révèlent à la fois tourmentées, envahissantes et douloureuses, insistant fortement sur le côté cauchemardesque et douloureux de la chose. C'est sans doute l'aspect le plus sombre de la jeunesse que le groupe a voulu mettre en avant et au-delà de ce véritable tube aux accents psychédéliques à la Soundgarden, on se rendra vite compte à quel point l'imagination peut susciter une certaine une fibre créatrice. Les guitares de nos compagnons se mettent progressivement à pleurnicher, tandis que cette longue composition poignante, très vite enchaînée par trois breaks plus ou moins violents fait figure du titre le plus noir et renfermé de ce nouveau produit. L'ambiance de « Young and Old » sera tout aussi partagée entre la face très sombre et mélancolique, puis, ce vecteur de rêves, de voyages, enfin, tout dépend de nos propres ressentis à ce moment précis car dans son ensemble, ces quatre morceaux jouissent d'un énorme potentiel. La rencontre de toutes ses émotions forge donc une production unique et intéressante, là où beaucoup de formations se perdent en cours de route.   

 

Ajoutons à cela le fait que les Français, bien qu'ils restent très marqués par Pearl Jam (les vibratos de « Sam » sont visiblement influencés par le style vocal d'Eddie Vedder, par exemple) développent d'autant plus les ambiances et les atmosphères de leurs morceaux, ce qui n'était que très peu le cas auparavant. La thématique de la jeunesse est très bien traitée, maîtrisée, tant et si bien qu'il suffit d'un seul coup d'œil sur la tracklist pour cerner le package/concept de l'oeuvre (la doublette « Young Skin »/« Young and Old » est très évocatrice de ce côté-là). Par ailleurs, l'ouverture atmosphérique du second titre éponyme est intéressante et aboutit, à maintes reprises, sur un rock alternatif planant, aérien, plus positif, mais dégageant un lyrisme fou et débordant. Une ode à la jeunesse comme ils le disent, chaque pièce bénéficiant d'une production impeccable, aux mélodies éthérées et reflétant même une passion débordante pour le grunge.  

 

« Young Skin » est une bible de la jeunesse dont je ne pourrais plus me séparer... Elle me donne envie de me barrer, et plus, de rendosser le costume de gosse pour me prémunir des aléas de la vie courante et ainsi permettre à tout le monde de rêver à sa juste mesure par le biais de ce "dark-grunge" ô combien poignant. Merci les gars. 

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