DALLAS SMITH | Lifted (2014)

[ « Lifted » est un album moderne, joyeux, rock, sans prise de tête, et comme si Default avait ajouté un guitariste country à sa bande... ]

15/20

Dallas Smith, c'est une grande histoire. Par le passé, il était surtout question d'une personnalité timide, réservée et peu sûre d'elle, élevée aux Beatles et à certaines têtes pensantes de la country féminine, qui s'est très vite révélée à travers Default et notamment grâce à « Wasting My Time », le tube de toute une jeunesse et d'une adolescence marquée par ses amours. Toutefois, ce n'est guère pour les rares coups de banjo ou de slide guitar lancés par la bande que le public avait pu découvrir les prémisses d'une once de country dans leur discographie, mais bel et bien par le biais d'un certain « One Late Night » ressorti du placard pour l'occasion et qui finalement, nous révèle un peu de ce qui constituera dix ans plus tard la brillante carrière solo de Dallas Smith. C'est avant tout l'histoire et le fruit d'un héritage familial particulièrement bien entretenu, qui lui aura notamment valu de se faire adopter par le Canada tout entier, Chad Kroger y compris, puisqu'il en a fait un de ses fils potentiels, avec Thornley ou Theory Of A Deadman, entre autres. Un artiste au sens propre du terme devenu un des maîtres de la country moderne en seulement quelques années pour ne pas dire deux, mais très critiqué pour son appartenance à la nouvelle vague Nashville qui s'est installée depuis une bonne décennie et s'est comme emparée des anciennes traditions stylistiques pour en recréer sa propre définition, plus pop et dans l'air du temps. De ce fait, plus les années passèrent, plus le jeune homme devenu trentenaire et approchant maintenant de la quarantaine en a charmé plus d'un, l'album « Jumped Right In » étant devenu une belle démonstration de ses possibilités. Mais à long terme, deviendra-t-il une de ces stars superficielles et anodines, ou bien saura-t-il rester comme on l'a connu, talentueux et capable de décrocher la lune ?

 

Concrètement, Dallas Smith se confie davantage sur « Lifted », jusqu'à mettre un peu plus de sa personne et de ses expériences passées. Il privilégie ainsi des formats de pistes plus courts, et continue d'adapter ses travaux à l'auditoire Américain comme il l'avait fait en sortant son six-titres « Tippin' Point », sorte de compilation de ses meilleurs hits passés, présents et futurs. Mais en toute franchise, le doute subsistait encore, Default lui avait redonné confiance mais possédait-il pour autant l'étoffe pour s'allier à la pratique de ce nouveau genre ? C'est là qu'est intervenu son premier opus « Jumped Right In », en 2012, de façon à lui donner une réelle importance auprès de la country music et surprise, le disque sonnait d'ores et déjà comme certaines références telles que l'excellent « Be Here » de Keith Urban. Quoi qu'il en soit, l'artiste ne simule pas son accent, il est né dans ce milieu et s'inspire notamment du bro-country de Florida Georgia Line, de Jake Owen et de toute la ribambelle de musiciens qui ont signé sur l'une des étiquettes de la puissante firme Nashville. C'est pourquoi les onze morceaux de la galette sont ouvertement plus accessibles, construits, de manière très simple, comme des tubes, et se veulent avant toute chose, accrocheurs, addictifs, fédérateurs, et dont le son oscille parfois entre des registres pop, rock. Ici, la production est une fois de plus signée de la patte de Joey Moi (l'ensemble des travaux de Florida Georgia Line, le « Days of Gold » d'Owen, les premiers My Darkest Days et Theory Of A Deadman...) et évidemment soutenue par le propre label de Chad Kroeger, 604 Records, et donc Republic Nashville aussi. Et si auparavant, Dallas Smith a eu l'occasion de co-écrire deux de ses morceaux sur le premier essai (« What Kinda Love », « And Then Some »), on remarque que sur « Lifted », les contributeurs sont relativement nombreux et que Smith est totalement absent de la liste, ce que l'on pourrait éventuellement déplorer, bien que dans ce milieu-là, cela se fasse très régulièrement. 

 

Quelque part, les plaisirs musicaux qui sont abordés ici sont assez simples et faciles, mais paraissent néanmoins sincères, touchants, vrais. De ce fait, la nouveauté ne ne se trouve pas dans les thèmes ou les lyrics comme on pouvait s'en douter, puisqu'en tout état de cause, c'est bel et bien la joie et l'énergie communicative de Dallas Smith qui nous accroche et fait que l'entame de cet album se fait naturellement. Techniquement, rien de très innovant, pour autant, les guitares de « Wastin' Gas » sont le point le plus "original" du titre, résonnant comme des pleurs, vers la fin. C'est donc, très simplement, une ballade pop accrocheuse et lumineuse sur laquelle on pourra tout de même noter des chœurs Chris Daughtry-esque et où la devise est avant tout joyeuse et abordable par tous. En vérité, la promotion de l'album avait déjà débuté il y a quelques mois avec l'EP précédent plutôt bien accueilli par la presse, alors cette fois-ci, six nouveaux titres  viennent s'y ajouter et complètent la tracklist. Seulement, notre country-rocker s'inspire très fortement de ses tubes passés pour en recréer d'autres à la similarité parfois troublante, comme le rythme de « Wastin' Gas », exactement le même que celui de « Tippin' Point ». Pour autant, c'est un opus, qui, dans sa globalité, acquiert une réelle identité et redonne goût à la country par son aspect moderne et très soigné. Il se trouve que Dallas Smith échange sa recette d'un country plus démonstratif, carré et où le banjo restait encore plus discret (il en reste d'ailleurs quelques cendres avec l'intimiste et très classique « Heat Rises »), pour un ensemble plus court, direct et accrocheur dès les premières secondes. A ce titre, ce « Tippin' Point » reste un de ses plus brillants succès et pour cause, il arbore un country rock dansant et efficace, un banjo efficace, un solo à l'Américaine très bien placé, et presque autant de groove qu'un certain Luke Bryan. Comme si l'on pouvait résumer tout ceci en trois expressions : rock, whiskey et soirées enflammées... 

 

Dallas Smith roule sur l'or, c'est désormais certain, et en affinant au mieux son style, les fans de Default et de country finiront bien par s'associer un moment ou un autre. Par ailleurs, au-delà de cette cascade de chaleur qu'est « Slow Rollin' », et en tout bon hit d'été qui se respecte, c'est tout de même avec un plaisir non dissimulé que notre vocaliste se remet à rouler son timbre rocailleux avec autant d'énergie, de talent, de poigne et de coffre qu'il le faisait auparavant sur l'album à succès et multi-platiné « The Fallout » en 2001, et tout le monde s'en souvient de celui-ci. C'est la classe, (Dallas!), et lorsqu'on sait qu'une autre version de ce morceau vient d'être reprise par le combo Lady Antebellum sur leur cinquième opus « 747 », c'est dire qu'il ne faut rien négliger... Dans tous les cas, la musique de ce jeune Canadien ne s'arrête pas seulement à cette sorte de fiesta-party et aux deux-trois ballades pop utiles à un album de ce type, le talent sévit également sur des titres hautement plus sensibles et épurés comme le suggère « Cheap Seats ». C'est d'ailleurs là que les auditeurs seront les plus à même de découvrir l'incroyable générosité de cet artiste, autant touché par le rock que par les racines les plus reculées de la country music. Il n'a fait que retenir toute cette énergie pour la répartir équitablement sur l'album « Lifted », sans jamais en faire trop, son phrasé et son groove naturel comblant à peu près l'ensemble des manques qu'il pouvait y avoir. Ce que le public attend d'une carrière solo telle que celle de notre performeur, c'est de la matière, de l'efficacité, de l'énergie communicative, quelque chose qui refile la pêche ou le sourire nuits et jours, et quand bien même, « Thinkin' 'Bout You » nous offrira tout ceci en un peu plus de deux minutes de musique. On a donc un rythme volontairement plus rapide et "sauvage", un solo de guitare qui tape sans encombre dans un rock au sens large du terme, ce qui donnera une dynamique, un élan tout autre que ce que l'on a pu entendre sur le reste de l'oeuvre, le tout, très vite enchaîné par un solo vocal a cappella sur le final, toujours extrêmement bien mené en live, sans jamais dénaturer son grain de voix et sa particularité.

 

Très à l'aise en tant que star de la country moderne, Dallas Smith n'en reste pas moins un artiste exceptionnel, qui, même s'il surfe sur le succès actuel, met du cœur à l'ouvrage. « Lifted » est un album moderne, joyeux, rock, sans prise de tête, et comme si Default avait ajouté un guitariste country à sa bande... c'est dire.

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