LIEUTENANT | If I Kill This Thing We're All Going to Eat for a Week (2015)

[ Vous voulez plomber la soirée avec vos potes ? « If I Kill This Thing We're All Going to Eat for a Week » est fait pour vous. ]

10/20

Dressons le bilan. Près de vingt ans auprès des Foo Fighters en tant que membre "fondateur", sept ou huit formations explorées depuis le début de son activité musicale au début des 80's, du punk, de l'emo en passant par le grunge, les quarante ans passés, et récemment marié en Octobre dernier avec une journaliste de Sub Pop ; autant de facteurs qui auraient pu l'emmener, le guider ou le pousser, lui, à entreprendre sa propre carrière solo. Car on peut se souvenir que certains de ses comparses l'avaient bien fait eux, auparavant, si ce n'est Dave Grohl en personne avec Probot au milieu des années 2000 (en beaucoup plus ambitieux certes, avec une liste d'invités très prestigieux) ou encore le guitariste Pat Smear au moins vingt ans en arrière, alors pourquoi pas Nate Mendel maintenant ? C'est justement l'occasion de se livrer et de composer pour son compte personnel, et non pour celui d'un énième groupe, de ressortir encore plus fort de cette expérience, voire même de continuer à en apprendre plus sur sa personne, ses capacités. Mais pour l'heure, rien de très reluisant il faut le dire. Et si le projet en lui-même venait d'être annoncé en 2015, il n'en reste pas moins que notre bassiste a commencé à travailler sur son album depuis au moins trois ans, c'est-à-dire arrivé à la toute fin de la promotion et de la diffusion de la septième oeuvre des Foo Fighters « Wasting Light » en 2012, qui les aura officiellement fait plonger dans un rock alternatif lambda perdant un peu de son charme d'antan. Bref, le Lieutenant a décidé de sortir de sa caserne (aïe, non, très mauvais départ) mais tout compte fait, à l'écoute de ce « If I Kill This Thing We're All Going to Eat for a Week », il aurait mieux fallu que le musicien reste connu comme étant LE bassiste des Foo, au lieu de casser le mythe et de tout massacrer avec un album aussi plat qu'inintéressant.   

 

Très vite encouragé par le label Dine Alone Records, Lieutenant est donc né sous l'impulsion de Nate Mendel bien sûr (Foo Fighters, Sunny Day Real EstateThe Fire Theft) mais aussi des musiciens et des compagnons qui ont bien voulu l'accompagner, l'aider dans cette aventure qui se veut à la fois très personnelle, intimiste et d'une importance toute particulière. Cela se présente ainsi sous la forme d'un album de neuf titres soutenu par le batteur Joe Plummer (The ShinsModest Mouse) et le producteur de renom Toshi Kasai réputé pour son travail en collaboration avec les Melvins ou encore Helmet. Ceci dit, il ne faut pas être trop sévère avec lui, ce projet est avant tout l'occasion, comme nous le disions auparavant, de renfiler sa casquette habituelle pour prendre celle d'auteur-compositeur-interprète et accessoirement, celle de frontman. Quoi qu'il en soit, il est surtout question d'un album passe-partout, très commun dans la forme, et qui repose entièrement sur la voix faible, monocorde et cristalline de Mendel. C'est comme les chants d'église, c'est toujours agréable à entendre à petite ou faible dose, mais l'opus a beau être très court et paraître très compact (sa durée se situe aux alentours des trente-huit minutes), il n'y a pas grand chose à en tirer et pire, chaque titre constitue d'ores et déjà une étape supplémentaire vers l'endormissement le plus total. On ne le répétera jamais assez, « If I Kill This Thing We're All Going to Eat for a Week » n'est pas une oeuvre destinée à faire lever les foules, ni même à faire un tabac sur scène, il n'empêche, les déçus du dernier Foo Fighters « Sonic Highways » risquent de l'être encore plus, et les autres... n'en parlons même pas, qu'ils passent leur chemin.  

 

Prenons néanmoins la peine de se pencher sur ce premier album. Car au fond, ce n'est pas tant les performances vocales de Nate Mendel que nous remettons en cause mais plus ses compositions. A priori, « Belle Epoque » peut prêter à sourire avec son titre/refrain en Français mais l'ensemble est clairement taillé "ballade", en témoigne un romantisme omniprésent et un timbre de velours qui ne fait qu'accentuer cette description. En ce sens, on voit bien qu'à travers cette instrumentation soignée, très délicate et minimaliste, il s'agit d'un projet solo qui se contente peut-être plus de tout envoyer sur la voix, les émotions, jusqu'à en oublier l'énergie, les guitares, la batterie, enfin, de nombreuses choses. Le titre donne donc dans un pop-rock extrêmement basique, reposant à la fois sur un duo sincère et fusionnel voix/piano ainsi que sur des rythmes berçants, enivrants (ou tentant de l'être). C'est d'ailleurs le morceau, le seul, qui soit réellement marquant, à tel point qu'à la fin de la tracklist, on l'imprime assez vite. Il faut dire que les arrangements mélodiques restent tellement discrets que l'album a tendance à former un tout, un bloc comprenant des morceaux simples, communs, qui se chevauchent et se ressemblent fortement entre eux. Du coup, seule une infime partie des auditeurs -sans doute à l'oreille la plus délicate- réussiront à faire le distinguo avec, par exemple, « Prepared Remarks » et le titre qui suit, « Some Remove », véritable compilation de chants d'église et de messes épuisantes qui n'en finissent plus. Le mal au crâne est très proche, surtout que musicalement, tout a l'air de tourner en rond, de se répéter, comme si Nate n'avait plus rien à ajouter à son histoire. Alors que dire ensuite ? Forcément, après tant de recyclages mélodiques et autres subtilités qui nous échappent probablement, l'introduction mouvementée de « Sink Sand » (oui, disons simplement dix secondes, le temps d'y jeter une oreille et puis tout s'arrête) est la bienvenue. Place aux violons maintenant, à un rythme qui paraît très différent du reste mais comme on pouvait s'en douter, par la suite, on retombe inlassablement dans un chant monotone, mielleux et pleurnichard à souhait. Autant dire que c'est loin d'être gagné, puisqu'il reçoit la compagnie d'une fanfare aussi ennuyeuse que lui...   

 

D'un autre côté, la linéarité est à un degré tellement avancé sur cet opus-somnifère que certains auditeurs pourront y visualiser quelques relents psychédéliques... Plus sérieusement, il est fortement dommage que Nate Mendel ne se préoccupe pas plus de mettre ses invités en avant. Pourtant, ils pourraient apporter autant voire même plus que toute la somme de ses morceaux réunis et ainsi en faire profiter la qualité de son full-length, et réveiller, ne serait-ce qu'un peu les auditeurs. De toute manière, même en écoutant « The Place You Wanna Go », le public n'y verra que du feu car ici, rien ne change de l'ordinaire, la musique reste à l'image de notre vocaliste, les habitudes restent telles quelles. Que ce soit le chant de Mendel ou celui de Jeremy Enigk (Sunny Day Real Estate), il reste toujours timide, en retrait, mal assumé et force est de constater que même en décortiquant plus sérieusement le morceau, on remarque à peine la présence de ces deux invités, Chris Shiflett, le guitariste des Foo Fighters y compris. Pourtant, l'ambiance est un peu plus voyageuse sur ce titre et les performeurs semblent, sur le papier du moins, se relayer, sauf que rien ne décolle. Nate Mendel reste imperturbable et continue sa traversée comme il souhaitait au fond la commencer, tout seul. Au jeu des guests fantômes, on peut encore aller très loin finalement, le titre évoqué n'étant pas une exception. Par exemple, la technique très particulière de Page Hamilton apporte d'habitude du neuf, influe sur le morceau auquel il est rattaché, offre quelque chose de plus dynamique qu'à l'accoutumée mais là, rien, strictement rien, il est tout aussi inutile que la batterie sur cet album. D'ailleurs, où peut-il bien être caché ? Forcément, le suspens est à son comble, et après maintes recherches sur le net, c'est bel et bien sur « Believe the Squalor ». C'est d'autant plus malheureux que le morceau accueille deux guitaristes (peut-être trois qui sait?), si l'on ajoute en plus de cela Josiah Johnson issu de la formation Head And The Heart. Alors morale de l'histoire : ce n'est pas le nombre de gratteux dans la bande qui compte. A voir ce que cela donnera en live en la compagnie d'un véritable line-up. En tout cas, c'est à se poser des questions : comment un titre qui ne compte aucun invité surprise peut-il nous faire croire qu'il y en a ? Vraisemblablement, et en dépit de cela, cette quatrième piste « Rattled » est la plus "enrichissante" de cet album, mélangeant habilement le son des premiers Foo Fighters avec des influences liées aux Beatles. En fait, le piano rafraîchit un peu la scène et a même tendance à fixer une ligne sombre sur certains couplets, et ce, même si le mixage est assez étrange sur l'intro (on entend plus le piano que le potentiel de la voix). Puis, en dehors du fait que ce soit un titre dans l'air du temps avec des ouh-ouh-ouh-ouh très joyeux, très pop et dignes d'un spot publicitaire, que vient donc faire un gros riff collé au milieu... ? Serait-ce un coup des guitaristes invités qui se sont réveillés trop tard ? 

 

On est d'accord, c'est ZZ, mais pas Top (!). En définitive, c'est typiquement le genre d'opus sur lequel on pourrait coller l'étiquette "album de la maturité", simplement pour cacher l'aspect plat et assommant de cette oeuvre. Vous voulez plomber la soirée avec vos potes ? « If I Kill This Thing We're All Going to Eat for a Week » est fait pour vous.

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