HALESTORM | Into the Wild Life (2015)

[ Si la beauté de Lzzy Hale n'a désormais plus aucune limite, l'ascension de Halestorm pourrait bien être freinée avec ce « Into the Wild Life ». ]

13/20

Comment dire, Halestorm, c'est l'étoile montante, le phénomène hard-rock passionnel de la fin des années 2000' qui, en seulement trois albums, s'est imposé comme un relais de taille à l'ancienne génération, souvent affaiblie par les années et les premières marques de la vieillesse. Par ailleurs, si aujourd'hui, on a généralement tendance à considérer Airbourne comme étant le descendant le plus représentatif du son d'AC/DC, considérons qu'il en est de même pour Halestorm et Joan Jett & The Blackhearts. Par conséquent, la fratrie Hale, qui est aussi le noyau central de la formation depuis le début, a su apporter, au fil de ses compositions, la douceur, la féminité, la sauvagerie et le dynamisme suffisant à réveiller les nostalgiques du vieux hard mais accusant les productions plates et sans âmes délivrées par certains artistes actuels chargés d'artifices. Une fan-base solide comme un roc, des albums savamment espacés dans le temps (trois ans entre chaque), quelques mini-productions pour fidéliser et faire patienter son public et surtout, Halestorm, c'est d'abord une voix, celle de Lzzy Hale. En bonne guerrière des temps modernes, notre Mz. Hyde possède évidemment autant d'atouts physiques que d'armes pour se battre, timbre rocailleux, possédé et charismatique à l'appui. Idéal féminin par excellence, et multipliant les couvertures de magazines, elle s'affiche notamment aux côtés de David Draiman sur son projet Device en 2013, près du country-rockeur Eric Church et plus récemment, on l'a découverte dans un étrange duo avec la violoniste Lindsey Stirling sur le titre-éponyme « Shatter Me ». Ceci dit, c'est bien du nouvel album des Américains dont on parle ici, et dans le milieu du bon gros hard-rock de derrière les fagots, lorsqu'on change, ne serait-ce qu'un peu sa recette, il vaut mieux assurer et produire une base cohérente avant de se lancer dans le vide, l'inconnu.

 

Après une apparition remarquée sur l'album-tribute à Dio (†) « Ronnie James Dio - This Is Your Life » (2014) et la publication d'un second volet de covers opéré deux ans plus tôt « Reanimate 2.0: The Covers EP » (contenant d'ailleurs une superbe réinterprétation du tube interplanétaire de Daft Punk « Get Lucky »), Halestorm est de retour, à la suite d'une remise en question partielle de son style et de ses différentes couleurs musicales. Si le quatuor nous avait souvent habitué à un rock plus direct, efficace, parfois en roue libre, là, il faudra commencer à s'habituer et à réfléchir sur l'essence même qui est constituée par ce troisième skeud « Into the Wild Life », naturellement bien moins rentre-dedans que ne l'avait été « The Strange Case of... » délivré en 2012. Quelque part, remarquons qu'il assez trompeur de présenter une telle pochette à son public ; un poil plus sombre certes, mais en noir et blanc, dans un esprit très vintage et finalement, de ne proposer qu'un seul morceau vraiment très lourd, explosif voire carrément dangereux pour les oreilles (« Mayhem »). Ici, les expérimentations de la bande tentent de s'implanter tout au long de ces treize morceaux, quoi qu'avec une certaine fragilité, tandis que le nombre de ballades est comme dédoublé. Un tri plus poussé aurait pu s'imposer au vu de la pertinence de trois ou quatre titres très en deçà des attentes et de ce repos vocal pleinement assumé freinant quelque peu l'intensité de ce nouveau-né. De plus, Halestorm qui semblait pourtant Howard-Bensonno compatible depuis ses débuts a fait le parti pris de changer de producteur pour Jay Joyce, un acteur de la scène musicale sans doute plus touché par la nouvelle scène country-rock (Eric Church, Keith Urban, Thomas Rhett ou encore Tim McGraw), est-ce vraiment un choix judicieux ?

 

« Scream » est en tout cas une parfaite représentation de cette évolution stylistique. Une ligne de chœurs s'installe confortablement, et notre combo s'appuie sur des gimmicks relativement simples avec des vocaux un peu retouchés qui donnent cet aspect électro-pop (la seconde ère de Papa Roach en est assez proche), comme c'est aussi le cas sur le single « Amen » qui privilégie ainsi un format plus court qui attaque là où ça fait mal. Les vocaux semblent par ailleurs sous-mixés, nettement plus fragiles qu'à l'accoutumée, dénaturant celui de la belle Lzzy. Plus étonnant, une sympathique transition s'opérera au fur et à mesure que les claviers se superposeront jusqu'à former un court épisode FM tout vieillissant emprunté aux formations des années '80. Seulement, le véritable problème de cet opus, c'est son manque de relief. « Sick Individual » en devient pour le moins très anecdotique, et s'accompagne d'une opposition riffs lourds/passages pop à la fois mal gérée et peu harmonieuse dans son ensemble. Vers où souhaitent-ils aller ? D'un côté, ils appuient le son de la batterie et profitent du jeu musclé d'Arejay Hale, ce qui est particulièrement judicieux et légitime (de l'introduction de « Sick Individual » à « Apocalyptic ») et de l'autre, ils tentent une approche plus fine et moderne de leur musique. La contradiction se présente sur de nombreux morceaux, même si « Apocalyptic » continue d'en réchapper, et heureusement, car il s'agit du tube principal. Indubitablement, les percussions sont un atout qui profite au titre et à son dynamisme, le batteur est fou et survolté (on imagine parfaitement ce que doit être son lancer de baguettes à ce moment précis) et tout en efficacité et en puissance, le titre déploie quasiment la même énergie que sur « I Get Off », « I Miss the Misery » ou « Freak Like Me » pour ne citer qu'eux. Attendez-vous à un coup de cœur certain grâce à ce « I Am the Fire » obligeant non seulement l'auditeur à tomber raide dingue du chant possédé et tourmenté de Lzzy qui continue d'exploiter la moindre seconde de la pièce, et de ces lignes de guitares mélancoliques, lancinantes. Elle est la flamme du hard-rock, c'est une performeuse. Sa voix produit naturellement de l'émotion, sa sincérité touche, séduit, alors pourquoi vouloir s'orienter vers quelque chose de plus lisse et dans l'air du temps ? Force est même de reconnaître qu'Halestorm n'a jamais aussi bien fait la paire qu'avec les Pretty Reckless et leur fameux « Going to Hell ». Ils jouent dans le même terrain et ça se sent. Quant à Taylor Momsen, elle n'aurait pas renié, par exemple, l'exception faite par le seul et unique titre metal de la bande, « Mayhem », qui, de par sa noirceur et ces riffs saccadés, pourrait déjà en surprendre plus d'un.

 

On sait tous que le pouvoir émotionnel trouve parfois ses limites. Sur une ou deux ballades, l'album s'en retrouve d'autant plus riche, complet, mais au-delà de quatre titres de cet acabit, la magie se perd, et l'épuisement musical naît ainsi. Les 'Ricains d'Evanescence en avaient payé le prix sur le pourtant intéressant « The Open Door » en associant le piano à la voix enchanteresse et délicate d'Amy Lee. Pour le coup, on retrouve une doublette si bien associée qu'elle ne forme plus qu'une, et ce, pour l'heure de quelques minutes : « Dear Daughter »/« New Modern Love ». Conformément à nos observations antérieures, la recette est ostensiblement la même : un ensemble très posé, calme, pop, un peu de piano, une ou deux notes de blues qui ressortent mais ne font jamais long feu. Pris à part, il est fort à parier que personne ou peu ne remarquera la fragilité musicale et artistique de ce « Into the Wild Life », pourtant, les expérimentations auraient mérité un coup de réflexion supplémentaire et surtout, plus l'harmonie, de fusion. Pour preuve, Halestorm est capable de grandes choses et nous plonge dans un univers qui lui paraissait à première vue très éloigné, à la limite du trip-hop sur « Bad Girl's World » et pas si éloigné d'un blues pur, sincère et évasif avec la plus qu'agréable « What Sober Couldn't Say » illustrant trois minutes d'une rare leçon de sensibilité. En l'occurrence, c'est un ensemble musical qui est essentiel à Lzzy Hale, ayant souvent besoin de s'exprimer, que ce soit dans la douceur ou dans le rock bien sauvage qui lui est si cher. Que celui ou celle qui entend des riffs du « Rock or Bust » d'AC/DC à l'écoute du dernier titre « I Like It Heavy » lève la main... Curieuse impression en effet, car nous avons-là, en première partie, un hard-rock très traditionnel inspiré par le blues et les hymnes scandés par les plus grands acteurs de la rock culture. Quitte à commencer de cette manière, autant aller jusqu'au bout. Justement, le collectif nous donne la sensation que le titre s'est arrêté pour enfin permettre à notre vocaliste de rendosser le costume de chanteuse de gospel par le biais d'un solo vocal très intriguant et inattendu. Un délice.   

 

Si la beauté de Lzzy Hale n'a désormais plus aucune limite, l'ascension de Halestorm pourrait bien être freinée avec ce « Into the Wild Life ». Ils créent, se renouvellent, c'est intéressant, sympathique, cool, mais c'est le gros bordel en fait. Morale de cette histoire : on ne devrait jamais associer du saumon et du pâté avec du chewing-gum et des céréales, c'est très mauvais pour la santé. 

 

PS: Halestorm, c'est le Alestorm sans le chapeau de pirate et le whiskey à la main. Et sans le pied marin. Pis ça prend un "H" aussi.

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