L'ENVOÛTANTE | Live-Report (Collège Jeanne-d'Albret, Pau, FR, 12/06/2015)

[ Bruno et Sébastien ne le savent peut-être pas mais si aujourd'hui, ils se retrouvent à donner en live dans une cour du secondaire, en vérité, depuis leurs débuts en 2012, ils jouent bel et bien dans la cour des grands. ]

Introduction: Dans le cadre des nombreux projets qui ont fleuri ces dernières années au sein du collège Jeanne-d'Albret à Pau (ateliers M.A.O, enregistrements sonores, chorale indie pop pour ne citer qu'eux) et d'une fin d'année scolaire marquée par la journée du "Crazy Day", l'association AMPLI en a profité pour nous faire parvenir une programmation bien à elle. C'est sur cette idée d'éducation de l'oreille et de sensibilisation à la scène locale que le duo bien connu des terres Béarnaises, l'Envoûtante (ex-Béarn To Be Wild), est venu poser ses bagages vendredi après-midi, toujours prêt à se frotter à un nouveau public. 

 

Fort de cette arrivée remarquée, dans un premier temps, la curiosité a pris le pas sur les pratiques collégiennes. L'installation du matériel, l'exercice des sons et les divers tests ont généré quelques applaudissements chaleureux et inattendus. Même la présence d'un soleil tapant et caniculaire n'aura pas empêché le public, y compris enseignant, d'affluer et de former un cercle d'intéressés avant que la cloche ne sonne définitivement l'heure du repas.

Malgré que le collectif Gare Urbaine soit sans doute le foyer le plus réputé de la culture hip-hop sur Pau et ses alentours, l'Envoûtante fait partie de ces exceptions à AMPLI, développant une fan-base fidèle, solide, et très enthousiaste à l'idée d'accompagner un tel combo. Avec plusieurs dates à leur actif, dont les premières parties de Ben L'Oncle Soul, Rocé, Nemir ou encore Fémi Kuti et quelques autres triomphes à La Route Du Son, Bruno et son compère Sébastien s'attaquent cette fois-ci à une assemblée a priori plus difficile à convaincre. 

 

Du côté de la setlist, d'alléchantes "vieilleries" toutes issues de l'EP éponyme délivré fin 2013 (« Qu'on Éteigne la Lumière », « Pas D'la Rue ») côtoient de nouveaux titres prêts à éclore au grand jour. A l'heure où le premier album attend une sortie prochaine, les balances live leur permettent de régler les derniers détails et d'affiner leur jeu avec plus de précision. « Qu'on Éteigne la Lumière » nous dévoile l'essence d'un groupe particulièrement engagé qui critique tout ce qui lui passe par la tête et qu'il croît suffisamment judicieux de développer à travers ses textes. Bruno pose son rap sur un rythme relativement brute, simple, tandis qu'un bourdon musical méchamment parasite lancé par Séb apparaît soudainement. Il est à noter que sur le projet solo-éducatif de notre MC intitulé Le Collectif De L'Homme Seul, il se plaît à reprendre, par exemple, l'expression « Poésie populaire », générant des allers-retours de flow entre les élèves et lui-même. 

 

« Pourtant, le monde, le vrai, personne ne l'ignore. Il ne rime pas. Il est insensible aux métaphores. Il est innommable, et chaque homme et femme possède en lui ou elle un autre monde tout aussi inéluctable alors le poète décrit sa réalité mais merde, c'est un immense rêve qui nous envole de terre. »

Sachant que la première partie de L'Envoûtante fut assurée par nul autre qu'un groupe de quatre filles ayant eu le courage de chanter des classiques de la musique Espagnole, Bruno a ouvert la brèche et en a touché un mot à cette jeunesse qui l'écoute et l'observe attentivement : « Voilà, c'est pas grave. Tout à l'heure, on a vu qu'il y avait des jurys... eh, n'écoutez pas tout le temps les jurys, on s'en fout, d'accord ? Faites votre truc et ça va bien se passer ». 

 

Une belle introduction qui ouvre le morceau suivant, autrement dit l'hymne urbain « Rap Désillusionniste ». La flamme continue d'agir et les collégiens parviennent à se détacher de leurs écoutes habituelles en privilégiant le stade de la découverte. Beaucoup sont d'ores et déjà à l'oeuvre, pour la majorité, en train de filmer la prestation de nos génies lorsque le rappeur s'embarque dans un beatbox relativement court et discret. Ce qu'ils font ? Du « rap chelou ». D'ailleurs, on remarquera que le batteur finira par opter pour une formule tantôt trip-hop tantôt tribale avant de se lancer dans un break ambient et tout vieillot, comme pour symboliser l'arrivée d'un alien ou d'un ovni qui se serait perdu dans le vide cosmique, un peu à l'image de son récent projet expérimental Beat Still Noise Us.

Écrire commentaire

Commentaires : 0