ANDREAS & NICOLAS | L'Interview (2016)

« L'idée, c'est pas de choquer pour choquer, c'est clair. C'est juste de se marrer de trucs horribles mais de temps en temps, c'est vrai que ça va très loin, trop loin. »

 

 

 

Des textes burlesques alliant la dynamique du rock à la niaiserie de la chanson française, voilà ce que revendique ANDREAS & NICOLAS depuis son atterrissage sur la planète Terre en 2007. A l'occasion de la première édition du Carval Biarnés 2016 organisée par le mouvement étudiant Le Med'Oc à l'Université de Pau, le duo a bien voulu me recevoir dans son van pour me parler de son second étron intitulé « Singes du Futur ».

 

- Salut à vous deux ! La semaine dernière, vous avez partagé l'affiche avec GiedRé à Vauvert dans le Gard. Parlez-moi de ce fameux tableau produit à l'issu du concert. 

 

Andréas : Nous avons fait une peinture, un chef-d'oeuvre, une fresque qu'elle a ensuite complétée en direct et qui vaut très cher. On était invités pour sa carte blanche samedi.

 

- Le 20 Novembre dernier, vous avez participé au lancement de la première édition du Cunted Fest à Nancy placée sous le signe du rock'n'roll, du kitsch, du punk et de l'humour. A sept jours des attentats, la programmation a tout de même été maintenue. Malgré cela, la bonne humeur a t-elle été au rendez-vous ?

 

Nicolas : Bien sûr, c'est certain ! En fait, ce qui était encore plus bizarre, c'est qu'on a aussi joué le lendemain des attentats à Tours. Il y avait beaucoup de concerts annulés...

 

Andréas : Comment te dire, on s'est dit que si les gens venaient, c'est qu'ils avaient envie de venir et de s'amuser. C'est aux personnes de décider. Du coup, il n'y a pas eu trop de malaise. 

 

Nicolas : On s'est même rendus à Paris quinze jours plus tard pour une série de live, mais plus le temps passait, mieux ça allait. Certaines personnes qui étaient dans la salle et avaient vécu l'épisode du Bataclan ont discuté avec nous, c'était la première fois qu'elles sortaient depuis.

 

- Lorsqu'on vous écoute pour la première fois, on se dit que vous ne vous fixez probablement aucune limite dans vos compositions. Toutefois, est-ce qu'il vous est déjà arrivé de bloquer sur une de vos idées parce que vous jugiez qu'elle allait trop loin ou était trop "hard" pour les auditeurs ?

 

Andréas : Oh oui, maintes fois !

 

Nicolas : C'est normal parce qu'au bout d'un moment, tu te marres, c'est des privates jokes, donc parfois, tu fais des trucs très violents et tu te demandes toujours si quand ta mère va écouter ça, est-ce que ça va passer.

 

Andréas : On a déjà esquissé des ébauches de saloperies innommables mais qui ne sont restés que pour nous en fait. 

 

Nicolas : En général, quand on fait une chanson et qu'on décide de la divulguer au grand public, c'est qu'on estime qu'il n'y a rien de choquant dedans, aucune provocation gratuite. Par contre, pour le clip de « Super Salope », on a été censuré sur YouTube et on trouve ça injuste puisque forcément, on y a réfléchi à fond et pour nous, il n'y avait aucune ambiguïté réelle et possible par rapport à d'autres morceaux.

 

Andréas : L'idée, c'est pas de choquer pour choquer, c'est clair. C'est juste de se marrer de trucs horribles mais de temps en temps, c'est vrai que ça va très loin, trop loin.

Crédits photo : Droits réservés

- Justement, à force de prendre plusieurs voix, d'imiter (Indochine dans « Ma Super Chérie » entre autres) ou de parodier (un accent country volontairement exagéré sur l'ouverture du titre « Les Vaches »), est-ce d'une certaine manière, vous n'en oubliez pas votre propre personnalité musicale ?

 

Nicolas : Putain la psychologie (rires)  ! En ce qui me concerne, je ne sais même pas ce que c'est ma voix. On a un professeur de chant qui fait souvent ce constat-là en nous disant qu'on imite plein de personnes différentes et que ce serait bien de développer notre propre personnalité. C'est vrai que ma voix, c'est des personnages et ils ne sont jamais très loin. A la rigueur, je me considère plus comme un imitateur qu'un chanteur.

 

Andréas : Dans la plupart de nos morceaux, les voix ne sont pas truquées, c'est simplement une harmonie. C'est juste sur des passages clés pour exprimer quelque chose. Effectivement, suivant le titre, elle est légèrement modifiée, ne serait-ce que dans « Mon Costume de Singe » par exemple. J'ai l'impression que c'est ma voix mais ça ne l'est pas vraiment. J'emmène du sourire dedans alors que sur une autre, ce sera différent. Ce sont surtout des histoires d'interprétation. 

 

- Vous êtes partagés entre un label metal (Verycords) et un producteur issu de la Chanson Française, Nikotep, qui a notamment travaillé avec Philippe Katerine ou encore Dominique A. Pourquoi ce choix ?

 

Nicolas : En fait, à la base, nous sommes issus de ce milieu donc quasiment tous les gens qu'on connait font partie de l'univers du rock, du punk et du metal. J'ai envie de dire que le rock a plus de rapport avec ce que l'on fait nous que la chanson française où les artistes cherchent un sens réel aux morceaux. Après, on est un OVNI, c'est sûr. On se retrouve le cul entre deux chaises. Finalement, notre public, tu peux pas vraiment dire que c'est un style musical, c'est plutôt des geeks un peu curieux qui nous écoutent de chez eux et qui partent nous voir en concert. Finalement, le label metal, c'est pas un choix, ça s'est fait tout seul. En fait, c'est la même maison de disque qu'avec Ultra Vomit. On n'a pas eu d'autres contacts, ce que je trouve logique car notre musique est vraiment trop bizarre. Tu te demandes ce que tu vas bien pouvoir faire avec. Qui sait, on aura peut-être notre propre label : Éjignat Records ! (rires) 

Crédits photo : FABIEN DUBOIS

- Au-delà de votre humour absurde, dans le fond, avec ce concept futuriste et ces éléments de narration que vous avez ajouté par la suite, on a l'impression d'avoir affaire à un disque qui critique et parodie violemment la société de consommation actuelle et les blockbusters du cinéma Américain dès l'introduction très cliché de « Bienvenue en 4912 ». Quelle était votre intention en réalité ?

 

Andréas : Quelque part, on critique, évidemment. Il y a forcément un message qu'on le veuille ou non même si on ne s'en rend pas toujours compte. On écrit par rapport à ce que l'on a vu, on parodie ce qui nous a fait marrer, on rend hommage à ce que l'on a apprécié. Du coup, tu peux analyser plein de choses, c'est clair. Chaque mot possède une référence. En l’occurrence, la science-fiction, c'est plus une sorte d'hommage qu'une méchanceté. Il y a des trucs kitsch mais qui parlent à tous et on met le point sur des gros clichés.

  

Nicolas : Les gens cherchent tout le temps un sens caché derrière les titres. Parfois, on entend des analyses qui n'ont rien à voir. Dans « Super Salope », typiquement, on ne va pas très loin par exemple. En fait, on trouve des "excuses" ensuite en écrivant les paroles. On dit que ça se passe dans le futur alors qu'à la base, c'est juste parce que ça nous fait délirer. Musicalement, c'est pareil. A priori, encore une fois, on ne fera pas de chansons zouk, reggae ou de styles qu'on n'écoute pas car c'est pas notre délire. Le morceau, s'il ressemble à du punk, c'est parce que ça nous correspond. Parfois, j'écoute des artistes ou des duos décalés et je me dis qu'ils ne doivent pas vraiment réfléchir au message. Ce qui compte pour eux, c'est la vanne. Entre nous, on se demande si quand t'es un chinois et que tu n'y comprends rien à la langue française, est-ce que tu aimeras quand même la mélodie principale. Tu sais, c'est comme un canular d'arriver à refiler de l'émotion aux personnes avec une composition léchée et hyper travaillée alors qu'il n'y a en fait que deux lignes absurdes. Limite, ça pourrait être un gamin de CM2 qui est à l'origine, sauf qu'avec les harmonies et tout, ça passe mieux.

 

- A l'image de Mononc' Serge qui a recommencé à traiter de sujets d'actualité dix-sept ans plus tard avec son album-pamphlet « 2015 », dans un futur plus ou moins proche, seriez-vous prêt à mêler l'humour à des textes ouvertement engagés ?

 

Nicolas : Que ce soit dans un futur proche ou lointain, non. Peut-être que lorsqu'on sera des grands-pères et qu'on aura quelque chose à dire, à la limite, mais j'estime que ce sont des choses que je ne maîtrise pas suffisamment. Je n'ai pas envie de parler aux gens qui viennent nous voir de leur fiche de paie, de Valls ou de quoi que ce soit d'autre. Franchement, le message, on le dit dans l'introduction, c'est débrancher votre cerveau et donc tu ne penses pas à des trucs chiants du quotidien. En gros, c'est pas chercher à faire du Ruquier. C'est un prolongement de ce qui nous amuse entre nous. On n'est pas là en train de parler politique, on se marre plus sur des sujets absurdes et des sonorités de mots. Ça peut ne pas plaire à tout le monde et certains se demandent peut-être pourquoi on ne raconte ou on ne dénonce rien : ce n'est pas notre credo tout simplement. Nous, c'est plus gamin ou enfantin je pense. 

 

- D'ailleurs, comment expliquer que votre collaboration avec Serge sur « En Abitibi » soit le titre le plus mature et le plus sérieux contenu dans l'album ?

 

Andréas : C'est une des dernières compositions qu'on a fait. C'est une chanson de grand-père, la préférée des parents, mais c'est un degré qu'on a déjà expérimenté me semble-t-il...

 

Nicolas : Oui, comme avec « Les Singes du Passé » par exemple. C'est pas à proprement parler hilarant, on essaye juste de mettre de l'émotion et de faire passer des sentiments. C'est pas du premier degré genre "j'ai fait caca dans mon cartable". 

 

Andréas : L'Abitibi, c'est pas une merveilleuse région. Quand on y est allé, on trouvait ça très moche et on s'est dit que c'était amusant de faire une chanson de pure émotion là-dessus. Ceci dit, on en garde quand même un très bon souvenir. Je dis pas que quand on l'interprète, on a des frissons, mais ça nous rappelle ce bon moment de vie qu'on a vécu quatre ou cinq jours au Québec avec Serge. 

Andréas et Nicolas sur la scène de l'Université de Pau à l'occasion du Carnaval Biarnés édition 2016. Du rock loufoque à la chanson française humoristique.

Artwork de l'album « Singes du Futur » (2014)

- Pouvez-vous décrire le projet 3027 pour ceux qui ne le connaissent pas encore ? Comment fait-on pour devenir membre de l'équipage qui embarquera pour la planète Cribule ?

 

Andréas : Pour faire partie de l'équipage, il faut trouver un des vingt tickets que personne ne trouve. Le seul chanceux pour l'instant, c'est un de nos potes qui avait une photo de lui dans l'espace mais qui n'avait pas trouvé le ticket. On soupçonne le label de pas en avoir mis dans les disques, il faudra qu'on règle ça. On propose donc des places à bord de l'Éjignat pour sauver sa peau puisque la planète Terre va exploser dans 1000 ans. 

 

Nicolas : Ça va arriver vite, il faudrait quand même commencer à y penser un peu. Les plans sont bientôt terminés et la construction du vaisseau va enfin pouvoir débuter. Après, la suite, on l'a connait, c'est ça le problème. Ta seule chance, c'est de tuer tous les cochons du monde pour changer le cours de l'humanité, maintenant ! 

 

- Comment vous est venue cette idée saugrenue ? 

 

Andréas : On a fait tous les deux le même rêve, en même temps (rires). C'est à force de parler de conneries, de science-fiction. On avait déjà eu cette idée d'introduction horrible avec une voix qui te parle accompagnée de cette musique. Après avoir trouvé le titre « Singes du Futur », on a voulu faire un concept-album comme Stupeflip avec des morceaux très liés. On s'est dit que ça pouvait être marrant qu'ils soient dans un vaisseau et puis on a monté le reste de l'histoire. En plus, au niveau de la production, il ne ressemble pas du tout à « Super Chansons ».

 

Nicolas : Ce qu'on ne voulait pas, c'était justement de faire un « Super Chansons » 2 ou qu'il y ait des titres qui s'enchaînent avec une simple pause de cinq secondes. Sur un album avec une vingtaine de morceaux, ça peut être un peu froid et étrange. Par contre, retranscrire les effets visuels sur scène, c'est vraiment intéressant et ça permet aussi de donner une véritable personnalité à un disque. Je pense que tous les sens cachés n'ont pas été découverts, on en met tellement aussi...

 

- Ce qui me fait penser qu'après avoir visionné votre passage sur l'Énorme TV au Fat Show où vous avez joué le titre « Putain ! Putain ! Putain ! » sur le plateau en 2014, j'ai noté une petite ressemblance entre vous, Andréas & Nicolas, et les présentateurs McFly et Carlito. Que pensez-vous du rapprochement ?

 

Nicolas : Carrément, quand on les a rencontrés, les vannes fusaient. Ce sont des garçons sympathiques, des fous.

Crédits photo : Droits réservés

- Dans les récompenses proposées par le crowdfunding que vous avez ouvert fin 2013 pour sortir votre second opus « Singes du Futur », j'ai vu un pack à 1000 € où vous promettiez un concert acoustique dans la chambre de celui qui investissait. A priori, une personne a eu cette chance-là. Comment s'est déroulée cette expérience ?

 

Andréas : Très bien, on a même eu le droit à un gâteau poussin ! Il y avait des grands-parents et des personnes de tous les âges.

 

Nicolas : On s'est ramené avec une petite guitare et un clavier dans son salon et puis on a joué pour eux assis. T'as pas une pression mais tu te dis que les gens ont quand même claqué une grosse somme d'argent pour ça. On le propose pas à ce prix-là pour que personne n'en profite et ils l'ont fait.

 

- Vous avez lancé une récolte de fonds pour acheter un nouveau jogging Adidas, offert des préservatifs collectors en échange de contributions et inventé deux mini-jeux vidéos à l'effigie de votre batteur (Singe Facteur & Singe Batteur). Avez-vous d'autres ambitions de ce genre pour le futur ?

 

Andréas : On a pas mal d'idées en fait. C'est vrai que le jeu vidéo est énorme, j'y ai repensé l'autre jour. Il y a plein de voix différentes là-dedans.  

 

- Les critiques sont toujours très partagées concernant votre dernier album qui oscille aussi bien entre le génial, le médiocre ou encore le mauvais, le ridicule. Ces avis vous intéressent-ils ?

 

Nicolas : Oui, bien sûr. On se disait que là aussi, c'est un truc typique du milieu rock et metal. Des chroniques, des critiques d'albums, ça existe déjà ailleurs, mais avec des notes, du texte... Encore une fois, on reçoit des avis de sites de metal mais comment tu veux qu'ils notent ça, c'est hors-sujet. Du coup, les sales notes et les 10/20, c'est normal. Le gars va pas mettre 19, à part pour ? qui a fait un pur album de metal progressif.

 

- L'interview touche à sa fin, merci à vous deux. Je vous laisse aller faire les balances avant le début du concert et si vous avez quelque chose à dire, n'hésitez pas. 

 

Andréas : C'était très bien, merci !

 

Nicolas : Rodolphe, c'était la meilleure interview de l'histoire !

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