NO RETURN | L'Interview (2016)

« Pour faire le parallèle avec le nom du groupe, No Return, c'est aussi le fait de continuer à vivre quoi qu'il arrive sans regarder en arrière. De se battre. »

 

 

 

 

 

Auteurs d'un dixième album du nom de « Fearless Walk to Rise », les metalleux de NO RETURN sont venus faire une escale dans le Sud-Ouest à l'occasion de leur programmation à la première édition du GroFest. Rencontre avec son fondateur Alain Clément (guitare) et le nouveau chanteur de la bande, Mick, arrivé depuis trois ans.

- Salut ! Le 9 avril dernier, vous êtes montés sur la scène du Arden Metal Fest qui, hormis le fait de proposer une affiche plus que sympathique pour célébrer sa dixième édition (Drakkar, Lappalainen ou Recueil Morbide), a la particularité de soutenir l'association française des sclérosés en plaques. C'était comment ?

 

Mick : C'était très sympa, on a été très bien reçu et il y avait une bonne ambiance avec des gens sympathiques. Comme l'organisateur nous l'a expliqué, le but du festival, c'est qu'il grossisse et j'espère vraiment que ce sera le cas. On leur souhaite tout le meilleur pour la suite car ils ont la logistique et le staff pour y parvenir. De toute façon, c'est quand même très rare qu'on soit mal reçu. En France, on va dire que peut-être pas mal de groupes ricains se plaignent ou tirent la gueule mais très honnêtement, on a beaucoup tourné avec le dernier album, on a joué partout en Europe, et on n'a pas pleuré sur notre sort. Faut arrêter de mentir (rires). Il faut le dire, en France, les associations sont de plus en plus professionnelles et ce, depuis déjà bien longtemps et il n'y a pas à rougir face à des associations allemandes. C'est vrai que chez nous, on a une culture qui fait que les concerts sont plus souvent organisés par les associations alors qu'en Allemagne, t'es directement contacté par les salles car le metal marche énormément. Par exemple, le promoteur, c'est un metalleux mais il tient une salle où il va faire jouer du reggae la veille. C'est ça la différence. Après, c'est de l'interne et du business mais on s'en fiche, nous, on est là pour jouer les morceaux qu'on aime et pour s'éclater. 

 

- Il y a trois ans, vous avez choisi de rééditer et de remastériser vos deux premiers albums sortis dans les années '90 en ajoutant des titres issus de live très récents. Pour quelle raison ?

 

Alain : Effectivement, il y avait une demande car les albums étaient tous sold-out. On pouvait plus les trouver et c'est surtout qu'ils étaient très chers sur Ebay, entre soixante-quinze et quatre-vingt euros. Ça me gavait donc j'ai décidé de rééditer les deux et en même temps, de faire un pack à quinze euros, d'où le jeu de mots « Psychological Contamination » qui est un mix entre « Psychological Torment » et « Contamination Rises ». Ensuite, on a inséré trois titres live en plus de la remastérisation afin d'ajouter une plus-value au produit. 

 

Mick : D'ailleurs, il y a beaucoup de nouveaux fans qui, par exemple, ont le dernier album et sont très intéressés par ce qui a pu se passer avant parce que forcément, on leur montre d'anciens titres en live. Du coup, ils s'orientent sur des produits comme ça et c'est vraiment bien joué d'avoir sorti cette compilation.

 

- Vous êtes passés de Great Dane Records sur « Inner Madness » et « Psychological Contamination » à Mighty Music. Est-ce que les très bonnes critiques que vous avez reçues vous ont aidées dans votre décision de changer de label ?

 

Alain : Je pense oui. Le but, c'était aussi d'avoir un label Européen dès le début pour que l'exposition, la promotion et la distribution de No Return soient effectivement meilleures en Europe. C'est chose faite avec Mighty Music. 

 

Mick : On avait en tête de beaucoup tourner à l'étranger et de revenir au devant de la scène comme le groupe l'était à l'époque de l'album « Machinery » et en discutant entre nous, on s'est rendu compte qu'on voulait passer l'étape supérieure. Avec ce nouvel opus, on aura fait plus de soixante dates dont trente ou trente-cinq à l'étranger. Par exemple, on a joué en Allemagne, au Danemark ou en Hongrie. En terme de retour en force, on est en plein dedans ! Je pense qu'on a fait un très bon choix. 

Crédits photo : CLARA TCHEKMEIAN

- En plus de 25 ans de carrière, c'est la première fois que vous êtes passés sur une chaîne de télévision, en l'occurrence sur L’Énorme TV dans l'émission Une Dose 2 Metal présentée par le grand Stéphane Buriez, qui est également le performeur de chez Loudblast. D'après vous, est-ce dû à l'évolution plus lumineuse de votre carrière ou alors est-ce simplement le fruit d'une bonne distribution de « Fearless Walk to Rise » ? 

 

Alain : Depuis trois ou quatre ans que l'émission existe, effectivement, ça a permis aux groupes qui n'étaient pas forcément exposés à la télévision d'obtenir des passages plus facilement, de les mettre en valeur et en même temps de booster l'événement qu'est le Hellfest.

 

Mick : Je pense que ce qui a aidé, c'est clairement le Hellfest parce que quand tu vois des publicités à propos du festival dans le magazine 20 Minutes dans le métro, c'est con mais les gens "lambda" qui n'écoutent pas cette musique vont en quelque sorte être rassurés. Après, la société change, que ce soit en bien ou en mal même si on n'est pas là pour discuter de ça mais il y avait peut-être beaucoup de peurs sur le metal avant et grâce à l'ère internet et à d'autres facteurs, ça s'est amélioré. De mon côté, j'ai plein de potes d'enfance qui sont pas du tout metal et qui me prenaient pour un dingue quand j'étais gamin et maintenant, ils ont bien compris que c'était un truc sérieux, que c'est une équipe qui bosse et pas juste du bruit. Pour nous, c'est difficile de quantifier les retours de notre passage dans l'émission mais c'est vrai qu'on nous en parle souvent. Apparemment, la prestation a assez plu. On nous l'a proposé et comme on est tous un peu excentré de Paris, c'était à côté. On a joué comme un live, sans se prendre la tête, avec quelques petites imperfections, mais du rock'n'roll quoi ! Ça fait partie du plan marketing, c'est de la promotion et on aurait été cons de refuser.

 

- Avant de sortir votre dernier album, on avait plutôt tendance à souligner l'influence du vieux thrash Américain mais au fil du temps, c'est la scène death mélodique Suédoise qui a pris de l'ampleur. A ce titre, on peut citer Amon Amarth, Soilwork ou encore Dark Tranquility dans le chant et les mélodies. A quoi cela est-il dû ?

 

Alain : C'est tout simplement dû à l'évolution naturelle du groupe car depuis plusieurs albums, il y a de plus en plus de mélodies. Même quand t'écoutes bien les anciens No Return comme sur « Machinery » en 2002, il y avait déjà des riffs à la Suédoise.

 

Mick : Pour ma part, avec ma venue dans le groupe, c'est juste quelque chose d'un peu plus frais. Je sais pas si ça va plaire à Alain mais les deux albums précédents, c'était vraiment du mid, entre les deux. Je pense qu'on a un pourcentage qui a tiré l'aiguille du côté Suédois. Ce qui n'empêche pas que je ressente des riffs à la Testament ou même Slayer sur des morceaux comme « Paint Your World » ou « Bloodbath Legacy ». De toute façon, j'ai envie de te dire que se poser autant de questions, c'est se prendre la tête car il y a énormément de groupes Américains qui jouent du pur At The Gates et personne ne leur fait la remarque. C'est peut-être le fait qu'on soit Français (rires)

 

- Vous avez aussi travaillé davantage le plan vocal en ajoutant plus de chant clair sur  ce « Fearless Walk to Rise ». Quelle en est la raison principale ?

 

Mick : C'est de la discussion entre musiciens mais après, je faisais déjà ça dans mon ancien groupe avec Destinity. On en a beaucoup discuté et l'idée leur plaisait. Autant profiter de la tessiture vocale de ton chanteur comme de ton super bon soliste pour mettre le meilleur de ce qu'on sait faire. Je suis autonome à la maison, j'ai mon home-studio, je leur ait proposé des maquettes et ils aimaient bien. C'est pas plus compliqué que ça. 

 

Crédits photo : FRANCOIS LAMPIN / METAL CUNT

- Là où la stabilité du line-up pourrait casser l'équilibre de n'importe quel groupe, vous continuez votre chemin et vous semblez vous remettre assez vite de ces changements. Joël est arrivé après la sortie d'« Inner Madness », Geoffroy a pris la place de Jérôme à la seconde guitare, Mick succède aux six anciens chanteurs et on a même vu Benoît refaire son apparition en remplacement sur deux dates Françaises. Comment fait-on pour canaliser toute cette énergie et qu'il n'y ait aucune répercussion qui puisse se lire jusque dans la musique ou la production ?

 

Alain : C'est moi qui ai souvent été le principal compositeur du groupe. Après, que les mecs se soient barrés pour différentes raisons, ça les regarde, je n'ai jamais retenu personne. Je ne vais pas m'arrêter de composer parce qu'il y en a un qui a piscine, patinoire ou yoga. 

 

Mick : Ça fait partie de la vie de n'importe quel groupe. Moi-même j'ai connu ça il y a un an donc je ne peux que confirmer. Si No Return est debout depuis autant d'années, c'était obligé de passer par des changements de line-up. C'est sûr que parfois, t'es un peu blasé. C'est un peu comme une sorte de rupture dans un couple. Tu vas pas te foutre en l'air et te jeter sous un train, t'as envie de vivre et de continuer ta passion. 

 

Joe : En fait, du moment qu'il n'y a aucun pognon en jeu, t'es pas obligé de t'accrocher à la formation. On fonctionne par la passion, on n'y gagne rien personnellement à part de prendre du plaisir à jouer et c'est ça qui tient le groupe.

 

Alain : Justement, par rapport à Benoit, comme le gratteux s'était barré, on était un peu bloqué. Je l'avais rappelé car je savais qu'il avait le niveau et qu'il était rapide. Il connaissait déjà la moitié du set et n'a eu à apprendre que les morceaux du nouvel album. C'est un excellent guitariste et une personne adorable. Il était vraiment content mais évidemment, il ne comptait pas rester (rires)C'était juste histoire de nous dépanner et de trouver un timing pour auditionner des gars. C'est désormais chose faite avec Geoffroy qui nous a très vite tapé dans l'œil mais on ne pouvait pas le mettre dans le bain direct. On voulait le rencontrer pour éviter de reproduire les mêmes erreurs qu'on a connues dans le passé. T'imagines quand tu fais soixante dates, c'est quelqu'un que tu vois peut-être plus souvent que ta copine (rires).

 

Mick : D'ailleurs, je fais une petite parenthèse car on tenait vraiment à s'excuser envers les personnes qui comptaient nous voir à Perpignan et à Toulouse mais pour nous, c'était impossible de jouer à une seule guitare car on a trop d'harmonisations dans notre musique. J'ai promis qu'on irait rejouer là-bas et on le fera. 

 

- Au niveau des solos de guitare dans No Return, peut-on s'attendre à en entendre davantage sur vos futures productions ?

 

Alain : Il y en a déjà pas mal, plus, ça va être compliqué car l'album est déjà bien blindé ! Même si les solos sont parfois longs, ils apportent une certaine cohérence, une fluidité, un équilibre particulier. 

 

Mick : Je pense que je vais finir par gueuler à partir d'un moment parce que je pourrais plus chanter (rires). Je déconne mais je suis vraiment fan des guitares de No Return. J'apprécie énormément car ça prend un espace important par rapport à un groupe de metal lambda et que c'est un bon moyen de différenciation. Il faudrait pas mettre plus de solos mais pourquoi pas s'éclater en faisant une outro, un truc spécifiquement dans ce délire-là. 

 

- Avec une pochette aussi particulière et aussi graphique que celle de « Fearless Walk to Rise », je me demandais quels thèmes vous abordiez dans cet album. 

 

Mick : Il y a un sujet global qui revient en général, même si je n'aime pas forcément l'appellation de concept-album, mais on va dire que c'est de vivre ta vie et d'essayer d'être le plus fort possible. Le message, c'est aussi d'arrêter de regarder à côté et de se traîner les erreurs du passé, de se frustrer. Rien que « Stronger Than Ever », ça veut tout dire !

 

Alain : Vu qu'on en parle, pour faire le parallèle avec le nom du groupe, No Return, c'est aussi le fait de continuer à vivre quoi qu'il arrive sans regarder en arrière. De se battre.

 

- On peut également noter la sortie du clip de « Submission Falls » ainsi que de la lyrics vidéo « Stronger Than Ever ». Que peut-on en dire rapidement ?

 

Mick : Oui, on a essayé de faire comme tous les petits djeuns (rires). Ça fait partie de la promo et puis le label voulait. De toute façon, t'as pas le choix, si tu veux une visibilité suffisante pour que ta musique soit écoutée de l'autre côté de la planète, c'est essentiel. C'est bête mais ce soir, j'ai eu l'impression qu'il y avait beaucoup plus de gens qui connaissaient « Submission Falls » que les autres morceaux du dernier album.

 

- L'interview est terminée. Si vous avez quelque chose à ajouter, n'hésitez pas !

 

Mick : Merci à tous et Rodolphe, merci pour ton boulot ! Je trouve que t'as bien travaillé ton sujet et que les questions étaient super biens. Long Live to Metal !

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