HYPNOSE | L'Interview (2016)

« A la base, le projet, c'était vraiment de créer un pont entre l'image et la musique, de fonder un groupe qui puisse intégrer des samples et où les albums se construisent de la même façon qu'un scénario. »

 

 

 

A l'occasion de la tournée intensive de leur nouvel album « Shores of the Abstract Line », les Montpelliérains d'Hypno5e sont descendus pour la première édition du GroFest à Billère pour lequel ils étaient programmés en tête d'affiche de la deuxième soirée de concerts. Rencontre avec Emmanuel (chant, guitare) et Gredin (basse, chœurs). 

- Salut à tous ! Dans un peu moins d'un mois, vous allez participer au Longlive Rockfest à Lyon aux côtés de groupes aussi variés que Simple Plan, Northlane ou encore Rise Of The Northstar et il se trouve que dans l'une de vos interviews, vous disiez ne pas spécialement être de grands fans de metal. Jouer dans un festival éclectique et vous frottez à un nouveau public, c'est ce qui vous intéresse ?

 

Emmanuel : C'est pas volontaire, on cherche surtout à jouer partout où l'on nous propose de jouer parce qu'on est content d'être sur scène. Après, on aime bien se mettre au milieu de plateaux qui sont pas nécessairement metal pour partir à la rencontre de styles différents car on ne se sent pas cloisonné dans un univers qui est le même de A à Z. Je pense que notre line-up se prête pas mal à ça, surtout que par exemple, on a joué au Rockpalast Bochum en Allemagne où il y a des choses assez différentes. Pour le Longlive Rockfest, effectivement, je n'ai pas pu voir toute la programmation mais apparemment, ça a l'air de toucher un peu à tout.

 

Gredin : Moi, je suis très content de jouer avec les Satanic Surfers, j'ai toujours aimé le skatecore et du coup, ça me fait super plaisir. Je m'attendais pas à faire cette date avec Hypnose mais c'est parfait !

 

- J'ai entendu dire que vous aviez eu quelques problèmes lors d'une tournée aux Etats-Unis, que s'est-il passé ?

 

Gredin : Au final, deux membres se sont vus refusés l'accès au territoire et le reste du groupe a fait la tournée... sans nous ! 

 

Emmanuel : Franchement, on a hésité à la faire parce que quand ils sont partis, ils nous ont envoyé un message pour nous dire qu'ils savaient qu'on était six dans le groupe et comment on s'appelait. On était rentré aux Etats-Unis donc quelque part, nous aussi on était coincé. On ne savait pas s'il fallait qu'on aille au concert car on avait peur que la douane débarque en plein milieu du set. Finalement, on a annulé la première date mais on a continué à tourner ensuite. Dans l'urgence, on a paumé notre basse donc j'ai dû improviser des parties de basse pour les sampler sur les live's. 

 

- Cette année, vous allez avoir un mois d'Août également très chargé avec le Brutal Assault en République Thèque suivi du Motocultor en Bretagne. Vous vous sentez prêts à y défendre votre nouvel album ?

 

Emmanuel : Oui, bien sûr. En fait, on va faire le même travail que l'on fait actuellement dans une petite salle ou un club, ce sera exactement la même énergie. Ensuite, la manière dont l'album va passer l'épreuve sur des scènes de festivals, on l'a pas encore testé, on verra ce que ça donne. On n'en a pas fait énormément parce que je pense que de base, c'est pas un groupe qui se prête forcément à ça mais après l'expérience du Hellfest de l'année dernière, on a hâte de remettre les couverts l'année prochaine.

 

Jonathan : On a fait le Complexity Fest le mois dernier et ça s'est bien passé.

 

Gredin : C'était ciblé djent aussi donc c'était plutôt facile comme festival (rires).

 

- Justement, beaucoup de critiques et de webzines vous assimilent et vous rapprochent de la scène Djent. Est-ce que c'est une étiquette qui convient ?

 

Gredin : J'ai essayé d'en écouter ces derniers mois et j'accroche pas vraiment, à part Vildhjarta que j'aime bien me passer régulièrement. Sinon, j'ai vraiment du mal... Au final, je trouve ça répétitif. C'est pas mon style. 

 

Emmanuel : Je me sens pas du tout appartenir à ce mouvement-là, il y a un côté beaucoup plus studieux d'une certaine manière qu'on n'a pas forcément. Musicalement, on essaie de toucher à tout. Le seul point commun qu'il y a, c'est le fait qu'on puisse intégrer des atmosphères différentes au sein d'un même morceau. Au-delà de ça, j'aurais même du mal à nous définir précisément et puis je préfère m'en passer (rires). ... Du Metal Cinématographique !

 

Gredin : Ouais, ou juste de la musique, vraiment ! C'est comme Ezekiel, on m'a toujours dit que c'était un groupe de dub et pourtant, en écoutant, je me suis rendu compte qu'ils faisaient très rarement de la dub. C'est de la musique, c'est super large. Je me suis privé de les écouter parce qu'ils avaient cette étiquette-là et c'est dommage. J'ai pas envie que les gens se privent de nous écouter simplement parce qu'on a une étiquette metal.

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- Sur ce nouvel album, on a la sensation que vous allez encore plus loin en matière de chant puisque l'on retrouve des parties claires très posées mais aussi des hurlements très sauvages, presque bestiaux. D'une certaine manière, est-ce que sur le plan technique, l'album n'est pas plus difficile à jouer en live qu'« Acid Mist Tomorrow » ?

 

Emmanuel : Il est peut-être plus exigeant musicalement. Après, dans l'esprit des ruptures, des passages clairs et violents, samplés ou éthérés, c'est quelque chose qu'on a toujours développé depuis nos débuts, surtout depuis « Acid Mist Tomorrow ». On sent plus la différence par rapport à la complexité de certains morceaux qui sont difficiles à digérer à live. Ça doit venir du fait que c'est nouveau et sans doute plus poussé techniquement. On a essayé de créer un set de façon à pouvoir créer un pont d'un album à un autre, de faire en sorte que l'on ne sente pas la différence.

 

Gredin : Moi, j'ai quand même dû bosser les morceaux un peu plus chez moi pour bien les assimiler.

 

- De plus en plus, et surtout avec « Shores of the Abstract Line », vous parvenez à vous ouvrir vers la littérature Américaine ou encore Grecques même si les références d'auteurs Français ne manquent pas. Est-ce que le fait d'être parti en tournée dans des pays étrangers et de vous exportez à l'international ont pu jouer un rôle à composition du dernier opus ?

 

Emmanuel : On a toujours eu des samples un peu partout sur nos précédents albums mais il y en avait plus en Français sur « Acid Mist Tomorrow » parce que c'était notre période. Ce qui est marrant, c'est que ça dépend vraiment des paysages littéraires ou cinématographiques qu'on a traversé pendant la composition. C'est tout cela qui se retrouvera dans la partie studio. Effectivement, sur « Shores of the Abstract Line », on a mis des samples en Grec mais aussi en Suédois, qui eux, sont extraits d'un film qu'on avait déjà samplé sur le premier album (ndlr : « Des Deux L'Une Est L'Autre » publié en 2007)

 

Gredin : En l’occurrence, je me suis pas mal plongé dans Bukowski et du coup, il ressort sur l'album et ça s'entend. 

 

- D'ailleurs, on ne s'attend pas forcément à trouver des influences latinos aussi marquées sur un album déjà très complexe dans son ensemble, que ce soit par le biais de cette introduction mystique narrée par un enfant ou à l'écoute de l'éprouvant « Tio ». D'où provient cette inspiration ?

 

Emmanuel : En fait, j'ai appris à jouer de la musique là-bas. C'est quelque chose qui fait partie de l'esthétique du groupe, qui était présent sur nos albums précédents, notamment le deuxième, et qui le sera peut-être encore plus dans les albums à venir.

 

- On peut donc dire que c'est un peu ton autobiographie cet album ?

 

Emmanuel : Mon autobiographie, je ne sais pas mais « Tio » est très personnel en effet ! Je suis quelqu'un de très mélancolique et c'est ce qui fait que ça s'en ressent autant dans cet album, plus que dans les autres. Le morceau raconte les rapports que je peux avoir avec les endroits dans lesquels j'ai vécus et que je porte beaucoup en moi. 

Crédits photo : ALONEWITHL

- Le court-métrage “Les Territoires du Silence” auquel vous avez participé en recréant un concert d'Hypnose accompagné d'un public de figurants vient d'être présenté lors de projections privées, ce qui est une façon plutôt étrange de confondre encore un peu plus votre carrière musicale au cinéma. Qu'en pensez-vous ?

 

Emmanuel : Le réalisateur du film, Christophe Perton, c'est quelqu'un pour qui je compose de la musique pour sa pièce de théâtre depuis deux ans et ça s'est fait assez naturellement. Il a vu un de nos concerts et a immédiatement voulu nous intégrer dans le scénario. Il a été séduit par l'énergie, le côté très brute et violent sur scène. C'est pas un projet qui nous est très personnel mais c'était une nouvelle expérience. De voir se reproduire un concert en playback sur scène, c'était assez particulier mais en tout cas, ça va dans le sens des collaborations qu'on pourrait avoir à long terme.

 

Gredin : Ce que je retiens de ça aussi, c'est qu'on a demandé au public de venir participer à ce court-métrage avec nous et ça s'est super bien passé. 

 

- On sent bien que mis-à-part la musique à proprement parler, c'est l'univers visuel qui vous attire. Je suppose que les clips-vidéos, c'est quelque chose que vous accroche ?

 

Emmanuel : A la base, le projet, c'était vraiment de créer un pont entre l'image et la musique, de fonder un groupe qui puisse intégrer des samples et où les albums se construisent de la même façon qu'un scénario. On veut aussi garder la mainmise sur tout ce que l'on fait et tout créer de A à Z comme les clips. Ça prend du temps. Du coup, on en fait moins que ce que l'on voudrait en faire mais on compte bien avancer dans ce sens et développer tout ça dans les années à venir.  

 

- Du coup, il y a bien un personnage central au cœur de ce concept-album ?

 

Emmanuel : Oui, en fait, la division en rives (Est, Sud), ça correspond un peu à la cartographie mentale du personnage qui correspond aux parcelles de sa mémoire et à ses souvenirs. C'est l'homme qu'on voit sur la pochette du disque. On met en musique cette espère d'errance. Dans tous nos albums, il y a toujours ce personnage-là qui revient et c'est autour de lui qu'on structure les paroles. 

 

- Vous semblez être l'un de ces groupes qui doit en partie son ascension grâce à internet et au partage. La campagne de crowdfunding que vous avez lancé sur le site Kiss Kiss Bank Bank pour sortir votre troisième album a été une grande réussite puisque vous avez largement dépassé l'objectif initial. Est-ce que vous vous attendiez à un tel engouement ?  

 

Gredin : On s'y attendait pas du tout parce qu'on a demandé 6000 euros et au final, on a eu plus du double !

 

Emmanuel : En cinq jours, on avait atteint la somme de départ. C'était assez fou, énormément de gens nous ont suivis. Je pense que c'est un système de financement auquel on aura de nouveau recours pour le prochain album car finalement, c'est un peu le même principe qu'on avait avant que les sites de crowdfunding n'existent.  

 

- Je dirais que si « Shores of the Abstract Line » devait être un film, ce serait sans doute un film d'auteur. Qu'est-ce que vous en pensez ?

 

Emmanuel : Oui mais alors pas un film d'auteur trop chiant (rires). De toute façon, quand on écrit, il y a toujours la volonté de faire de l'album une sorte de film-audio !

 

- L'interview est terminée, merci beaucoup à vous tous. Je vous laisse le soin de vous exprimer sur ce que vous voulez pour conclure !

 

Emmanuel : On va continuer à tourner une bonne année sur cet album-là donc venez nous voir car on va passer un peu partout je pense. Et merci à toi !

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