MR WHITE | L'Interview (2016)

« J'ai toujours voulu avancer et découvrir de nouveaux horizons, prendre des risques, partir à l'étranger, ne pas hésiter à sortir des disques, tenter des choses en fait. On n'a qu'une vie. C'est la raison pour laquelle je me suis lancé dans une aventure en solo. »

 

 

 

Dans le cadre de la première édition du Rockabilly Tarbes et du passage de Laurent Chavanette au Bar Le Brauhauban le 2 septembre, une interview s'est imposée avec ce multi-instrumentiste qui depuis 2008, poursuit une riche carrière en solo. Son dernier album, « Dream Lover », s'apprête à sortir en vinyle en édition limitée. Le répertoire de Mr White contient quelques compositions mais son but est de "dépoussiérer l'ancienne musique Américaine et ses racines".  De manière générale, on démarre du swing des années '30 à la véritable country des années '40 à l'image du parcours d'Hank Williams pour terminer sur le rockabilly des années '50.

 

- Bonjour ! Cette année, vous avez dépassé les 650 concerts à votre actif. N'êtes-vous pas un peu fatigué ?

 

Laurent : Chaque concert demande de l'organisation en amont mais c'est mon métier. C'est pas vraiment la partie live qui fatigue, c'est surtout la route à faire lorsque je joue en France ou bien à l'étranger. C'est d'autant plus éprouvant quand on mène un projet en solo mais au-delà du développement artistique, il y a le côté challenge et dépassement de soi que j'aime bien.

 

- En 2015, vous aviez tourné en Espagne et en Roumanie. Quel accueil avez-vous reçu de ce public étranger ?

 

Laurent : Quand je vais en Espagne, en général, c'est sur Barcelone et ses alentours. Je commence à avoir quelques contacts là-bas et de temps en temps, j'y repars, comme vendredi prochain ainsi qu'au mois de décembre. La Roumanie, c'est un pays que j'aime beaucoup pour l'esprit des gens et l'ambiance qu'il y règne. J'y suis allé en 2014, en 2015 et j'y retourne tout le mois de novembre. Il y a une gentillesse, une simplicité qu'on ne retrouve pas forcément ici. Entre les trente-cinq ans de dictature sous Ceausescu plus tout ce qui a pu se passer avant, ils ont connu beaucoup de malheurs mais c'est un pays qui s'est toujours relevé et qui est un pays frère et ami de la France depuis 160 ans. 

 

- Qu'est-ce qui vous a poussé à entreprendre votre propre carrière solo en 2008 et à lâcher la partie groupe ?

 

Laurent : J'ai commencé la musique très jeune, à quatorze ans. J'ai eu l'occasion de jouer dans plein de groupes, au moins vingt. A force, je me suis fatigué. L'idée, c'était de ne pas rester enfermé dans les garages ou autour de chez soi avec sa formation. On n'a qu'une vie et j'ai toujours voulu avancer et découvrir de nouveaux horizons, prendre des risques, partir à l'étranger, ne pas hésiter à sortir des disques, tenter des choses en fait. Bien souvent, on s'aperçoit que les points de divergences dans les groupes sont tout sauf artistiques. C'est surtout lié aux problèmes caractériels, d'ego ou encore d'indisponibilités. A partir d'un moment, je me suis lancé tout seul. Au moins, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, que je réussisse ou que j'échoue. 

 

- Apparemment, si l'on s'en tient à l'aspect purement mercantile de la chose, vous avez eu raison de vous lancer en solo puisque votre premier EP « Live au Subsonic » est en rupture de stock et vous avez bientôt écoulé tous les exemplaires de l'album « Bad Romance ». Qu'est-ce vous pensez de ce succès ?

 

Laurent : Ça fait très plaisir ! J'ai quatre albums à mon actif. Pour le premier, le « Live au Subsonic », j'avais pressé 500 exemplaires au format vinyle et 1000 sous le format CD et j'ai tout vendu... En plus, le jour de la prise live, je ne savais même pas que j'étais enregistré. La sortie a été programmée au dernier moment. Rock'n'roll, mais ça en valait le coup. Le second, « Bad Romance », c'est un album que j'avais publié en 2011 où il n'y avait qu'une seule reprise accompagnée de compositions personnelles qui peuvent faire penser à de la musique soft des années '60 et à du punk qui envoie bien. J'avais mis beaucoup d'énergie dans cet album et sur les 1000 exemplaires, il ne m'en reste plus que 30 donc c'est bientôt en rupture de stock. 

 

- Que faut-il absolument savoir sur votre nouvel album ?

 

Laurent : Le quatrième, c'est un album qui s'appelle « Dream Lover » et qui sort dans quinze jours en format vinyle rouge édité à 500 exemplaires avec une carte de téléchargement à l'intérieur. J'ai fait péter la tirelire mais je suis content de ce disque. Pour les compositions, c'est assez nouveau et ça part un peu dans tous les sens. En ce qui concerne les reprises, ça peut aller d'un classique des années '50 comme par exemple un morceau des Everly Brothers et de Bobby Darin (ndlr : d'où le « Dream Lover ») jusqu'à une cover de Iron Maiden, « Aces High », en version country avec des violons, une voix féminine et de la contrebasse. J'ai également rendu hommage à un ami à moi, Jean-Pierre Morgand, qui était le chanteur des Avions dans les années '80 et qui interprétait, entre autres, « Nuit Sauvage ». J'ai donc repris ce titre en version punk où il fait même une petite intervention dans la chanson. On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un album de rockabilly. C'est un disque très personnel et honnête.

Crédits photo : ROCKFELS FOTOGRAFIA

- J'ai pu voir que votre album-hommage à Hank Williams « Sings Hank Williams » (2013) s'est retrouvé référencé sur un site entièrement dédié à cet artiste. De plus, vous êtes le seul interprète Français de la liste à y figurer parmi une très longue sélection de disques toutes époques confondues. Vous en êtes fier ?

 

Laurent : Oui, ça fait très plaisir. En fait, j'ai contacté le gars qui gère le site. Il s'appelle Svein et c'est un Norvégien qui vit à Bucarest, ça ne s'invente pas ! D'ailleurs, je vais le rencontrer en Novembre puisque j'irais jouer là-bas. Il a recensé tous les albums qui rendent un hommage à Hank Williams depuis sa mort en 1953. Tout le monde a déjà chanté du Hank Williams dans sa vie, que ce soit Johnny Cash, Roy Orbison ou Jerry Lee Lewis. C'est le père fondateur de la country, même dans le rock'n'roll et la poésie populaire, c'est un personnage important. Sur le site, il y a au moins 300 disques répertoriés, en comptant également les compilations de morceaux et les reprises. Effectivement, je suis le seul Français de la liste et peut-être de l'histoire à avoir publié un album-hommage à Hank Williams. Svein m'a dit qu'il y avait également des Québécois, donc des Francophones dans la sélection, mais de toute façon, ils sont beaucoup plus proches de la culture Américaine, ne serait-ce que géographiquement. 

 

- Par curiosité, puisque vous avez l'air d'être un très grand admirateur de la carrière d'Hank Williams, que pensez-vous de la musique de son fils Hank Williams Jr. qui lui, côtoie davantage la scène rock-blues ou même du "petit" dernier, Hank III, qui est en plein dans le cow-punk et le metal ?

 

Laurent : Je dois reconnaître que je ne m'y intéresse pas. Je suis plutôt Hank Williams senior que junior (rires). A l'ancienne, traditionnel, pour autant, je ne rejette pas ce que font les autres. Je vais peut-être m'y pencher dessus, au moins sur le fils. D'ailleurs, il y a une anecdote intéressante sur lui. Il existe une vidéo d'un morceau que j'ai repris sur mon album, « There's a Tear in My Beer » (ndlr : une chanson de Hank Williams), et Hank Williams Jr. a produit un clip où il intègre les images du clip de son père. Par un jeu de vidéaste, il rentre dans la vidéo et chante en duo avec lui dans un studio. Ils font les chœurs ensemble et à un moment donné, on dirait qu'ils se regardent. C'est magnifique ! Le fils a sorti beaucoup d'albums, peut-être quarante. En ce qui concerne Hank III, j'ai beau apprécier tout ce qui est rock, punk ou destroy, ça ne m'attire pas. J'ai une image tellement iconique de ce qu'est son grand-père qui faisait quelque chose de très sobre, de très classe que dès je vois la suite, ça ne peut pas passer pour moi.


- On dit souvent que la musique country n'est pas assez médiatisée en France mais récemment, vous avez quand même eu l'occasion de passer sur Radio RCF à Carcassonne pour parler de votre parcours. Que peut-on dire à propos de cette intervention ?

 

Laurent : C'est une radio catholique qui possède sa propre émission country appelée "Only Country" au rythme d'une fois par semaine et qui est présentée par mon ami Philippe Caux. J'ai été invité à cette occasion-là. 

 

- Par ailleurs, dans une émission en juin 2015 qui avait pour thème et accroche « Mr White sort ses disques », vous aviez présenté aux auditeurs les disques qui vous ont le plus marqués dans la musique Américaine de 1927 à 1977. Quels sont les artistes de cette période que vous écoutez encore régulièrement ?

 

Laurent : Ah oui, j'avais fait ça en tant que DJ dans une discothèque, au DB, à Narbonne ! D'ailleurs, je vais y retourner le dimanche 23 octobre pour faire la première partie de Dr. Feelgood. Pendant quatre ou cinq heures, j'ai pioché dans ma propre collection de vinyles en passant du swing des années '20 jusqu'au punk de la vague de 1977. J'ai dû démonter ma propre platine pour la ramener, c'était un vrai bordel (rires)  ! Pour en revenir à la question, j'écoute des choses très actuelles comme Jain par exemple que je trouve à la fois belle, intelligente et rusée donc je ne suis pas du tout réfractaire à tout ce qui est moderne, mais je trouve que la musique ancienne a tout de même plus de charme. 

- Même en tant que multi-instrumentiste, est-ce que vous vous verriez collaborer avec d'autres artistes en les invitant sur vos albums, comme ça se fait beaucoup dans l'univers de la country music ?

 

Laurent : Je suis tout-à-fait pour ! Je suis seul pour des raisons pratiques même si au fur et à mesure, j'ai vite pris goût à l'aventure en solo mais après, j'aime bien partager. Je fais déjà quelques collaborations. Quand je publie des albums, j'invite des gens qui ne sont pas nécessairement des professionnels en plus. Par exemple, sur le dernier disque, il y a un saxophoniste avec qui je suis déjà monté sur scène, une violoniste Toulousaine avec qui j'ai fait une date et une chanteuse. Sur le précédent album, il y avait également un harmoniciste. L'an dernier, j'ai aussi invité le guitariste de Dr. Feelgood à venir faire trois dates avec moi dans l'Aude. Il a accepté et pendant un après-midi, on a bossé sur un répertoire. Parfois, je fait des tournées de deux ou trois dates avec Jean-Pierre Morgand des Avions sur Paris.

 

- Et justement, en ce qui concerne une éventuelle collaboration avec Steve Walwyn des Dr. Feelgood ?

 

Laurent : Pourquoi pas, si l'occasion se présente ! Je vais faire la première partie de Dr. Feelgood en octobre. Je dois reconnaître que s'il me rejoignait sur quelques titres, ça ne serait pas de refus. De toute façon, le concert sera enregistré, intervenants ou non. Pour le reste, seul l'avenir nous le dira !

 

- L'interview est terminée. Merci beaucoup de votre gentillesse et de vos réponses ! Je vous laisse le soin de vous exprimer sur ce que vous souhaitez.

 

Laurent : Je suis vraiment très content d'avoir été invité à ce festival ! Je connais Pierre depuis plusieurs années mais on ne s'était encore jamais retrouvé et là, il m'a appelé et je trouve ça vraiment génial d'avoir lancé cette première édition. Tout est positif et tout le monde est content, que ce soit les organisateurs ou les gens que j'ai croisés au concert des Restless hier soir. J'ai surtout joué dans le off un peu partout en ville comme dans un bar, sous les halles et dans une pizzeria. C'est super, j'ai reçu un très bel accueil ! Je souhaite longue vie à ce festival et je reviens quand vous voulez !

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